«Nous finirons ensemble»: leur ami Max

Ce petit monde apolitique et narcissique passe des vacances à son image.
Photo: MK2 Mile End Ce petit monde apolitique et narcissique passe des vacances à son image.

Avions-nous vraiment besoin de renouer avec les amis de Guillaume Canet, ou plutôt avec ceux qu’il a plus ou moins calqués sur sa réalité dans Les petits mouchoirs (2010) ? On peut tout de même présumer que Canet le cinéaste, lui, en signant Nous finirons ensemble, avait sans doute besoin de renouer avec un projet inspirant après Blood Ties, incursion américaine ratée, et Rock’n Roll, radiographie de couple (célèbre) avec une Marion Cotillard en quête (futile) d’un parfait accent québécois — nos oreilles saignent encore.

Quelques années plus tard, même décor luxuriant, mêmes baraques somptueuses en bord de mer, même atmosphère indolente pour ces retrouvailles qui oscillent entre rires, larmes, excès d’alcool et lendemains de veille désenchantés. Les personnages sont toujours aussi nombreux à traverser l’écran, pour ne pas dire à s’y bousculer, avec à l’arrière-plan certaines figures secondaires venues leur prêter main-forte, comme l’agent immobilier ou la nounou tyrannique, ou les enfants, qui ne font que tapisserie.

Tout est encore une fois centré sur Max (François Cluzet, qui doit à Canet la renaissance de sa carrière), à l’aube de la soixantaine, mais surtout d’une faillite retentissante, lui qui autrefois payait tout à tout le monde. Une brouille maintenant vieille de trois ans l’a séparé de ses amis d’autrefois, ce qui ne les empêche pas de débarquer sans crier gare dans ce chic repaire des beaux jours sur le point d’être mis en vente, mais ça, personne ne le sait encore. La surprise s’avère d’ailleurs ratée, mais sert surtout à raviver le souvenir des dynamiques établies dans Les petits mouchoirs, entre personnages un peu niais (celui de Laurent Lafitte remporte la palme), trop arrogants (Gilles Lellouche en cinéaste à succès), toujours adolescents (Marion Cotillard en rebelle de service et mère indigne), un peu mièvres(Benoît Magimel en homo enfin assumé, mais pas tant que ça). Et bien sûr, en retrait, l’ex-conjointe de Max (survoltée Valérie Bonneton), pas mal moins compréhensive que la nouvelle (effacée Clémentine Baert) devant ses états d’âme, puis financiers…

Ce petit monde apolitique et narcissique passe des vacances à son image, régressant allègrement au stade adolescent — tout en reprochant aux jeunes d’aujourd’hui de ne pas savoir s’amuser —, multipliant tromperies et cachotteries qui exploseront de temps à autre, question de dynamiser un récit le plus souvent confiné dans des intérieurs chics. Et lorsqu’ils s’en échappent, c’est parfois pour revivre leurs 20 ans dans les boîtes ou sauter en parachute pour se rappeler sans doute que leur vie peut aussi être excitante. Il semble aussi qu’elle doive se dérouler sous une avalanche de vieux tubes des années 1970 et 1980, exclusivement des titres anglophones qui donnent à la fois une bonne idée de leurs goûts consensuels et la juste mesure d’une certaine démission culturelle à la française.

Au fond, ce qui a vraiment changé entre les deux films, c’est le statut de certains amis de Guillaume Canet : des acteurs moins connus ont pris du galon, comme Laurent Lafitte, d’autres sont devenus des vedettes, dont Gilles Lellouche. Mais cette ribambelle d’interprètes semble tout de même soudée à un réalisateur que l’on sait encore capable du meilleur, sans compter que l’acteur sait aussi nous surprendre (Mon garçon, Le grand bain). Mais on ne peut s’empêcher de voir Nous finirons ensemble moins comme un souhait amical que comme un sombre pronostic : finir mes jours avec eux, pas sûr…

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Nous finirons ensemble

★★ 1/2

Comédie dramatique de Guillaume Canet. Avec François Cluzet, Gilles Lellouche, Marion Cotillard, Laurent Lafitte. France−Belgique, 2019, 135 minutes.