La vie du designer de mode Halston

Perfectionniste, intransigeant, il mène sa vie comme une campagne de publicité permanente et attend la même chose de son entourage.
Photo: Dustin Pittman Perfectionniste, intransigeant, il mène sa vie comme une campagne de publicité permanente et attend la même chose de son entourage.

Il y a quelque chose d’éminemment volatil dans le monde de la mode. Et la vie de Roy Halston Frowick, ce designer américain célèbre dans les années 1970, notamment à New York où il fréquentait Andy Warhol et Liza Minnelli au Studio 54, traduit cette effervescence.

Le réalisateur Fréderic Tcheng vient de consacrer un long documentaire à celui que l’on désigne comme le premier « vrai designer de mode américain ».

C’est notamment en dessinant le joli chapeau « boîte à pilules » rose, porté par nulle autre que Jackie Kennedy, qu’Halston est devenu célèbre. Sept ans plus tard, et après avoir dessiné les masques de nombre de célébrités participant au bal en noir et blanc organisé par Truman Capote, il crée sa propre maison.

Ses créations, apprend-on, sont d’une grande simplicité, parfois entièrement taillées à partir d’une seule étoffe souvent coupée dans le biais du tissu.

Avec force détails, le documentaire suit le parcours financier de l’entreprise qu’Halston a créée, après s’être affranchi du distributeur haut de gamme Bergdorf Goodman. La marque Halston connaîtra dès lors une ascension fulgurante, et le créateur dandy et dépensier emménagera en 1978 dans de luxueux locaux de la tour olympique, où les stars de New York se pressent pour assister à ses défilés.

L’image avant tout

Halston multiplie les audaces. Il crée un parfum qu’il met dans une bouteille asymétrique en forme de goutte d’eau. Il dirige une équipée commerciale en Chine avec ses modèles (qu’on appelle les Halstonnettes) et y rencontre des producteurs de soie.

Perfectionniste, intransigeant, il mène sa vie comme une campagne de publicité permanente et attend la même chose de son entourage.

Ses déboires commencent cependant lorsqu’il accepte de s’associer à une chaîne populaire de magasins de moyenne gamme aux États-Unis, JCPenny, s’attirant les foudres d’anciens partenaires du milieu de la haute couture. Il devient ainsi le premier créateur de haute couture à viser le marché de masse.

Si ce procédé est devenu habituel aujourd’hui, il constituait une grande première dans le milieu de la mode de l’époque.

Différents changements de main de son entreprise le placent alors dans le viseur de gestionnaires vigilants qui désapprouvent son mode de vie dépensier. L’homme va parfois jusqu’à se faire livrer des repas en avion, et ses comptes de fleuriste atteignent annuellement les six chiffres.

L’affaire tournera au vinaigre, au point qu’Halston lui-même sera mis complètement à l’écart de l’entreprise, dont les produits portent pourtant toujours son nom !

C’est dans cette foulée que ses échantillons de robe ainsi que les films de ses défilés seront dispersés ou détruits, mettant à mal sa postérité.

Dépendant des drogues, atteint du sida, Halston s’est éteint à 57 ans, après s’être retiré auprès de sa famille en Californie.

Bien fait, le documentaire plonge dans l’euphorie des années 1970 tout en restant relativement sobre dans son propos. Les réels amateurs de mode resteront peut-être sur leur faim quant aux détails des procédés créatifs d’Halston. Ils comprendront cependant à quel point cet art demeure soumis aux aléas commerciaux.

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Halston

★★★ 1/2

Documentaire de Frédéric Tcheng. États-Unis, 2019, 105 minutes