Guillaume Canet, quelque chose à dire

Canet de faire une suite? «Le temps a passé, tout simplement, et j’ai constaté un jour combien certaines de mes amitiés avaient évolué, s’étaient… transformées. J’ai voulu parler de ça.»
Photo: Sébastien Berda Agence France-Presse Canet de faire une suite? «Le temps a passé, tout simplement, et j’ai constaté un jour combien certaines de mes amitiés avaient évolué, s’étaient… transformées. J’ai voulu parler de ça.»

Presque dix années se sont écoulées depuis que le public a fait la connaissance, et s’est épris, des copains du film Les petits mouchoirs. Écrit et réalisé par Guillaume Canet, ce film était le troisième mis en scène par l’acteur de premier plan. Étant donné l’énorme succès remporté par le film, et sachant le genre de pressions pouvant être exercées à la perspective de davantage de profits, ce qui étonne avec la suite Nous finirons ensemble, ce n’est pas qu’elle ait vu le jour, mais qu’elle ne soit pas venue avant. On s’est informé de cela, et du développement du projet, auprès du principal intéressé.

Pour l’anecdote, Les petits mouchoirs a attiré 5,5 millions de spectateurs en France seulement, et cumulé pas loin de 50 millions de dollars de recettes de par le monde. Pour une oeuvre produite à cette échelle, c’est colossal.

« Oui, bien sûr qu’on m’a encouragé à sortir une suite rapidement, confirme Guillaume Canet. Mais je ne fonctionne pas comme ça. Je dois sentir que j’ai quelque chose à dire pour m’engager dans la conception d’un film. »

Les petits mouchoirs, on s’en souviendra, contait les tribulations d’un groupe d’amis de longue date ayant pour tradition de séjourner, chaque été, dans la villa de l’un d’eux, Max, restaurateur et hôtelier prospère. Avec en toile de fond un des potes, Ludo, se trouvant entre la vie et la mort, le film renvoyait à deux classiques absolus du genre : Vincent, François, Paul et les autres, de Claude Sautet, et Les copains d’abord (The Big Chill), de Lawrence Kasdan.

« Vous savez, ce succès, je ne l’ai pas vraiment vécu. Au moment de la première, un drame a ébranlé mon propre cercle… Un de nos amis est décédé dans des circonstances très similaires à ce qui est décrit dans le film. Après, quand on me parlait d’une suite, je disais non, et j’étais sincère. Je n’avais pas fait Les petits mouchoirs en nourrissant quelque idée de continuation. »

Mais alors, qu’est-ce qui l’a convaincu de rempiler ? Sa carrière se portant bien, certainement pas l’appât du gain. « Le temps a passé, tout simplement, et j’ai constaté un jour combien certaines de mes amitiés avaient évolué, s’étaient… transformées. J’ai voulu parler de ça. »

Fiction personnelle

D’office, Nous finirons ensemble prend ses distances du modèle initial alors qu’on retrouve Max arrivant seul à sa villa, l’air hagard et frêle. Or, lorsque se pointent Marie (Marion Cotillard), Éric (Gilles Lellouche), Vincent (Benoît Magimel), Antoine (Laurent Lafitte) et Isabelle (Pascale Arbillot), Max paraît tout sauf ravi.

C’est que, apprend-on, depuis sa séparation d’avec Véronique (Valérie Bonneton) trois ans plus tôt, puis sa mise en ménage subséquente avec Sabine (Clémentine Baert), Max ne les a pas revus. Amer, il se sent en outre humilié, lui qui, prompt jadis à étaler sa richesse, est ces jours-ci acculé à la faillite.

« Dans ce constat que j’évoquais par rapport à mes amitiés, il y avait de ça, cette impression que des amis m’avaient abandonné au fil des ans, alors qu’au contraire, c’est moi qui m’étais isolé. Il y a deux répliques qui me tiennent à coeur : « C’est pas parce qu’on a été potes pendant vingt ans qu’on est obligés de le rester » et « L’amitié, c’est pas d’être là tout le temps, c’est d’être là quand il faut ». J’y souscris complètement. »

Bref, les thèmes du film correspondent aux préoccupations de Guillaume Canet. Par exemple, le dernier acte s’attarde aux relations qu’entretiennent les parents du groupe avec leurs enfants. Comme un recadrage, après prises de bec et retrouvailles, vers un nouvel essentiel.

« C’était important pour moi d’aborder cet enjeu-là. Ça fait partie des changements qui sont survenus dans mon existence depuis dix ans, depuis Les petits mouchoirs : je suis devenu papa. Plus rien n’est pareil après ça, et c’est merveilleux. »

Fructueuse collaboration

Et les interprètes, dont la conjointe fort occupée du cinéaste, Marion Cotillard, ont-ils été faciles à convaincre ? « La plupart avaient des réserves, à raison. La première mouture du scénario que je leur ai fait lire ne leur a pas particulièrement plu. Sauf que de partager avec eux cette version, disons, verte, ç’a eu ceci de formidable qu’ils m’ont tous fait part de commentaires hyper précieux par rapport aux personnages. Ça m’a nourri. »

À présent que Guillaume Canet a revisité, contrairement à ce qu’il avait lui-même escompté, sa bande de complices, envisage-t-il de nouvelles péripéties ? « C’est comme je vous le disais : il faudra que je sente que j’ai quelque chose à dire. »

Ce n’est donc pas exclu.

Nous finirons ensemble prend l’affiche le 28 juin.