«Hommes en noir: international»: tourner en rond

Les vedettes ici sont Tessa Thompson et Chris Hemsworth, déjà partenaires dans «Thor: Ragnarok» puis «Avengers». Or, bizarrement, leur chimie n’est ici qu’intermittente. À leur décharge, ils composent avec des personnages mal écrits.
Photo: Sony Pictures Les vedettes ici sont Tessa Thompson et Chris Hemsworth, déjà partenaires dans «Thor: Ragnarok» puis «Avengers». Or, bizarrement, leur chimie n’est ici qu’intermittente. À leur décharge, ils composent avec des personnages mal écrits.

La vérité est la suivante : les extraterrestres, et pas que de l’espèce des reptiliens, vivent déguisés parmi les humains depuis des décennies. Une agence secrète, si secrète que même les autres agences secrètes ne sont pas dans le secret, veille à réguler leur présence sur terre. Évidemment, il arrive qu’un être venu d’ailleurs s’amène clandestinement, avec des intentions funestes dans le pire des cas. Il revient alors aux agents surnommés « hommes en noir » d’éjecter, voire de neutraliser, ces indésirables. Après chaque opération, les témoins voient leur mémoire effacée. Enfant, Molly échappa à cette étape après une rencontre du troisième type. Devenue une jeune femme déterminée, elle parvient un jour à localiser l’élusive agence…

On connaît la prémisse de base qui régit l’univers de la série Hommes en noir (Men in Black) créée en 1997, et inspirée par les comics de Lowell Cunningham. Hommes en noir : international en est le quatrième volet, et fatigue narrative, il y a.

À titre récapitulatif, Hommes en noir, premier opus, demeure assez mémorable avec son dosage habile d’humour, de fantaisie et de satire conspirationniste, avec en prime une petite touche sentimentale du meilleur effet. Fruit d’une production à problèmes, la suite parue en 2002 est en revanche oubliable. Tellement qu’il fallut dix ans pour que le studio rempile avec Hommes en noir 3, film étonnamment chouette qui, avec ses astucieuses circonvolutions temporelles, réussit presque à convoquer la magie de l’original.

Qu’en est-il d’Hommes en noir : international ? Il est, hélas, à ranger aux côtés du deuxième film.

Grosses invraisemblances

D’office, on appréhende l’enchaînement laborieux à venir alors que se succèdent pas moins de deux prologues piètrement emboîtés : l’un est campé en 2016 avec les agents H (Chris Hemsworth) et T (Liam Neeson), l’autre 20 ans plus tôt avec une Molly gamine. L’action proprement dite se met finalement en branle au présent alors que Molly (Tessa Thompson) est envoyée de New York à Londres pour une première mission d’autant plus délicate qu’elle concerne la possible existence d’une taupe au sein de la filiale anglaise. Ceci, juste après avoir été admise en tant qu’agent M avec une facilité déroutante.

Le fait qu’on la colle, elle, une néophyte, sur une telle affaire, est encore plus déconcertant, pour peu qu’on y songe un instant.

Emma Thompson, qui joue avec un pince-sans-rire appréciable la patronne de la division américaine, parvient presque à faire oublier la foncière invraisemblance des décisions de son personnage. On sourit, en outre, lors de cet échange où Molly sourcille à l’appellation « hommes » en noir : « Je sais, mais croyez-moi, j’ai déjà eu cette discussion. C’est un… processus… lent », de concéder sa supérieure. On devine qu’est sincère ce roulement d’yeux qu’a Emma Thompson en disant cela. Dommage qu’elle n’ait que trois scènes.

Car les vedettes sont Tessa Thompson et Chris Hemsworth, déjà partenaires dans Thor : Ragnarok puis le dernier Avengers. Or, bizarrement, leur chimie n’est ici qu’intermittente. À leur décharge, ils composent avec des personnages mal écrits, lui tombeur immature on ne peut plus générique, et elle passant de jeune femme intrépide et brillante à écolière amoureuse perdant ses moyens, à as du combat.

Assemblage disparate

Au rayon de l’histoire, le film consiste en une course-poursuite au rythme cahin-caha. On flaire la production conçue en comité, avec tout un chacun insistant pour qu’on garde son idée. Il en résulte un assemblage disparate parfois drôle, souvent ennuyant, avec pour tout liant ce qui est devenu le concept usuel de la série : une puissante entité extraterrestre cherche à mettre la main, la patte ou le tentacule, sur un dispositif, interchangeable selon le film, capable d’annihiler planètes, galaxies, alouette.

Prévisible à chaque détour en dépit d’un abus éhonté de deus ex machina, l’intrigue se termine où elle a commencé. L’ennui étant qu’à ce stade ultime, on n’a pas bouclé la boucle, mais tourné en rond. Que de temps perdu.

Où sont ces fameux agents armés de leur effaceur de mémoire lorsqu’on a vraiment besoin d’eux ?

Hommes en noir : international (V.O. et V.F.)

★★

Comédie de science-fiction de F. Gary Gray. Avec Tessa Thompson, Chris Hemsworth, Liam Neeson, Rebecca Ferguson, Emma Thompson. États-Unis, 2019, 115 minutes.