«Dark Phoenix»: juste encore la fin du monde

Un titre n’est pas seulement fait pour piquer la curiosité du public. Parfois, sa brièveté constitue un moyen de taire certaines choses qui pourraient l’éloigner. Que la mention « X-Men » ne soit pas accolée à Dark Phoenix, du moins dans sa version originale, témoigne sans doute d’un désir d’atténuer le sentiment d’usure à l’égard d’une série dont on ne compte plus les fins du monde. Peut-être assistons-nous aussi à une fin de règne…

Longtemps sous l’emprise du réalisateur Bryan Singer, dont les frasques sont maintenant plus connues que ses films, Simon Kinberg, producteur et, depuis peu, cinéaste, a été appelé à la rescousse. Sans mauvais jeu de mots, il avait pour tâche de faire renaître de leurs cendres ces mutants à la fois héros et parias, sauveurs de l’univers et fauteurs de troubles. À ce chapitre, Dark Phoenix respecte les grandes lignes de cet imposant cahier des charges, dont ce perpétuel dilemme cornélien entre des êtres d’une humanité certaine et aux pouvoirs singuliers vus d’abord comme une tare, ensuite comme un atout précieux — ou maléfique.

Nous retournons cette fois en 1975, puis en 1992, un passé si lointain ; stratégie narrative pour ramener à l’avant-plan les versions rajeunies des personnages qui ont dominé les premiers épisodes, laissant ainsi un peu de repos à des acteurs comme Patrick Stewart, Ian McKellen et Hugh Jackman, qui ne doivent pas beaucoup s’ennuyer… À nouveau, une enfant pourvue d’un don particulier, Jean Grey, attire l’attention de Charles (James McAvoy), ce grand manitou, car la petite a provoqué bien malgré elle la mort de ses parents. Devenue jeune adulte (Sophie Turner, jamais irradiante…), lors d’une mission périlleuse dans l’espace, la voilà soumise à un survoltage solaire qui aurait réduit en poussière Héphaïstos, le dieu des forgerons et des volcans.

De retour sur terre, entourée de figures familières et amicales comme Cyclops (Tyle Sheridan) et Mystique (Jennifer Lawrence), Jean ne se reconnaît plus, habitée d’une énergie foudroyante qui bousculera sa confrérie, l’obligera à renouer avec son douloureux passé, suscitant aussi l’intérêt d’extra-terrestres dont l’un a pris la forme de Jessica Chastain, version femme d’affaires carnassière. Encore une fois, nous sommes devant une fin du monde appréhendée, nécessitant la présence de Magneto (Michael Fassbender) et de ses fidèles, avec à la clé une autre débauche d’effets spéciaux mettant New York sens dessus dessous (Montréal plus ou moins bien camouflée).

Après le couac rugissant du dernier Godzilla, Dark Phoenix semble posséder plus de qualités artistiques que l’on ne saurait en espérer d’un blockbuster estival. À la fois variation sur un même thème (celui de l’acharnement thérapeutique ?) et illusion de nouveauté (l’arrivée tonitruante de personnages jusque-là inédits, du moins au cinéma), cette escapade grandiloquente et tapageuse au royaume des mutants s’inscrit dans une lignée résolument paresseuse : on y retrouve ce que l’on cherche, et en abondance. Suffit aussi de savoir se satisfaire de la même soupe, rarement bien assaisonnée (à quand un autre X-Men du calibre, et de la sobriété, de Logan, de James Mangold ?), mais suffisamment divertissante pour pimenter la belle saison. Mine de rien, cela semble aussi hasardeux que de contrôler la mauvaise humeur des mutants.

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X-Men : Phénix noir (V.F. de Dark Phoenix)

★★★

Drame fantastique de Simon Kinberg. Avec Sophie Turner, Jennifer Lawrence, Jessica Chastain, James McAvoy. États-Unis, 2019, 114 minutes.