Sacre de «1991» au Gala Québec Cinéma

Une soirée pleine de succès pour Ricardo Trogi qui a remporté l'Iris du Meilleur long métrage, mais aussi celui de la Meilleure réalisation et le prix du Public pour son film «1991».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une soirée pleine de succès pour Ricardo Trogi qui a remporté l'Iris du Meilleur long métrage, mais aussi celui de la Meilleure réalisation et le prix du Public pour son film «1991».

Ce fut soir de consécration, dimanche, pour Ricardo Trogi, dont le film 1991 a non seulement remporté l’Iris du Meilleur long métrage, mais aussi celui de la Meilleure réalisation et le prix du Public. La comédienne Sandrine Bisson, qui reprend dans cette comédie à saveur autobiographique faisant suite à 1981 et à 1987 le rôle de l’inénarrable mère de Trogi, a pour sa part été nommée Meilleure actrice dans un rôle de soutien, elle qui avait reçu la même récompense pour 1981.

« C’est basé sur l’authenticité. Je ne refais pas des films juste pour en faire d’autres, mais parce que j’ai quelque chose à dire. Je pense à 2028 comme fin de parcours », a lancé le cinéaste en début de soirée. En amont, 1991 s’était déjà illustré dans la catégorie du Meilleur montage, lors du Gala Artisans.

Il faut dire que la cuvée 2019 était particulièrement relevée. Dans la catégorie du Meilleur long métrage, on retrouvait ainsi, outre le drolatique 1991 : Genèse, de Philippe Lesage, ou les premiers tourments du coeur d’un frère et d’une soeur ; La Bolduc, de François Bouvier, biographie de la célèbre chanteuse ; La grande noirceur, de Maxime Giroux, oeuvre poétique inclassable d’une beauté stupéfiante ; Répertoire des villes disparues, de Denis Côté, une critique sociologique fine dans un superbe écrin d’inquiétante étrangeté ; Une colonie, de Geneviève Dulude-De Celles, portrait intimiste et infiniment juste d’une préadolescente, et enfin, À tous ceux qui ne me lisent pas, de Yan Giroux, inspiré de la vie du poète Yves Boisvert (on aurait personnellement volontiers ajouté au lot le merveilleusement coloré La disparition des lucioles, de Sébastien Pilote).

À noter que les cinéastes des quatre derniers films en lice concouraient également dans la catégorie Meilleure réalisation avec Ricardo Trogi.

Dubreuil et Lynch-White

L’autre grand vainqueur de cette soirée fertile en malaises, on y reviendra, fut assurément À tous ceux qui ne me lisent pas, lauréat des Iris du Meilleur premier long métrage (une première remise de ce prix), du Meilleur scénario (Guillaume Corbeil et Yan Giroux), de même que du Meilleur acteur, remis au formidable Martin Dubreuil, qui brillait d’ailleurs tout autant dans La grande noirceur. Le comédien l’a emporté face à Jean-Carl Boucher (1991), Patrick Hivon (Nous sommes Gold), Pierre-Luc Brillant (La disparition des lucioles) et Théodore Pellerin (Genèse).

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Debbie Lynch-White

L’Iris de la meilleure interprétation féminine fut remis à Debbie Lynch-White, qui défendait avec conviction le rôle-titre dans La Bolduc (gagnant hors d’onde des Iris pour les costumes, la coiffure, le maquillage, la direction artistique et le son). Étaient nommées avec elle Brigitte Poupart (Les salopes ou le sucre naturel de la peau), Josée Deschênes (Répertoire des villes disparues), Carla Turcotte (Sashinka) et Karelle Tremblay (La disparition des lucioles).

L’Iris du meilleur acteur dans un rôle de soutien a été octroyé à Robin Aubert pour sa chaleureuse composition dans Une colonie. Le premier long de Geneviève Dulude-De Celles a en outre valu le prix de la Révélation de l’année à Émilie Bierre, d’un naturel émouvant dans Une colonie.

À raison, l’Iris de la Meilleure direction photo est venu saluer le travail absolument remarquable de Sara Mishara dans La grande noirceur. Innu Nikamu : Chanter la résistance, de Kevin Bacon Hervieux, fut désigné Meilleur documentaire. Iris du Meilleur court métrage d’animation pour Le sujet, de Patrick Bouchard, et du Meilleur court métrage pour Brotherhood, de Meryam Joobeur.

Des textes faibles

Pour ce qui est du gala lui-même, le spectacle s’est ouvert sur un numéro pour le moins laborieux se réclamant de la comédie musicale. Le traditionnel bien-cuit qu’ont ensuite servi au parterre endimanché les coanimatrices Guylaine Tremblay et Édith Cochrane n’a guère fait rire non plus. Même que la caméra a capté quelques réactions perplexes.

À vrai dire, les deux talentueuses femmes possédaient chimie et timing, mais étaient bien mal servies côté texte. Pour l’anecdote, c’était apparent longtemps avant qu’on en vienne aux « jokes de pets ».

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les coanimatrices Édith Cochrane et Guylaine Tremblay

Autre décision ayant laissé songeur : celle de mettre en parallèle, de manière parfois un brin forcée, les films nommés pour l’Iris du Meilleur long métrage avec d’illustres oeuvres passées.

Beau moment, en revanche, que ces sobres et émouvants hommages rendus aux cinéastes Jean-Claude Labrecque et Jean Beaudin, pointures, pionniers, récemment disparus. À cet égard, lors du Gala Artisans, le directeur photo Pierre Mignot, lauréat cette année de l’Iris hommage et célébré notamment pour son travail sur J.A. Martin photographe, a salué son défunt complice.

Et il y a cette ovation nourrie réservée à la documentariste Alanis Obomsawin, présentatrice de l’Iris de la Meilleure réalisation, qui a vraiment fait plaisir à voir.

Sinon, aucun scandale ni controverse n’a mis à mal un déroulement somme toute pépère. Le seul véritable écho à la crise du financement à Téléfilm Canada, qui a provoqué une levée de bouclier sans précédent de la part de l’industrie québécoise, a émané de la productrice Denise Robert. En recevant l’Iris du Film s’étant le plus illustré à l’étranger pour la comédie satirique de Denys Arcand La chute de l’empire américain, cette dernière a en effet remercié le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, qui a injecté les sommes nécessaires pour assurer une sortie d’impasse. À tout le moins, cette année.