«Godzilla II. Roi des monstres»: gros jambon nucléaire

Les Titans, puisque c’est ainsi qu’on les surnomme, s’affrontent dans une perpétuelle semi-obscurité, les rendant quasi interchangeables.
Photo: Warner Bros. Les Titans, puisque c’est ainsi qu’on les surnomme, s’affrontent dans une perpétuelle semi-obscurité, les rendant quasi interchangeables.

Au sujet du Godzilla signé Gareth Edwards en 2014 (qui aurait cru que le cinéaste serait aussi inspiré deux ans plus tard avec Rogue One ?), peu de souvenirs si ce n’est Juliette Binoche disparaissant dans un nuage nucléaire aussi vite qu’un clignement d’oeil. Cinq ans plus tard, quelques-uns des personnages ayant survécu aux carnages perpétrés par cette créature souffrant à la fois d’embonpoint et de graves carences en subtilité reprennent du service dans ce qui ressemble à une suite.

Connu (tout est relatif) pour quelques films d’horreur (Trick’r Treat, Krampus), Michael Dougherty s’accroche au gouvernail de Godzilla : King of the Monsters, et donne un peu plus d’étoffe à des figures secondaires de l’aventure précédente. Parions que des acteurs de la trempe de Ken Watanabe et Sally Hawkins n’ont pas nécessairement répondu à l’appel par amour du cinéma, et ont dû pousser un soupir de soulagement devant la trajectoire dramatique de leur personnage…

 
Photo: Warner Bros. Emma Russell (Vera Farmiga) conçoit une machine pouvant ralentir la course de la destruction de l’humanité.

Faut-il pour autant revenir en arrière afin d’y voir clair devant Godzilla : King of the Monsters ? Cessez tout de suite ce ridicule excès de zèle : tout est mis en place pour comprendre quelles sont les forces en présence, à commencer par cette famille dysfonctionnelle sortie d’un film de Steven Spielberg des années 1980, jamais remise de la mort d’un membre du clan, séparée mais toujours hantée par cette présence encombrante et destructrice. D’où l’obsession d’Emma Russell (Vera Fermiga, débiter autant d’âneries avec dignité mérite le respect) à concevoir un appareil pouvant reproduire le son de plusieurs créatures qui, tout à coup, surgissent un peu partout à travers le monde. Baptisée Orca (sans doute un hommage au film où la pauvre Bo Derek finit dans la gueule d’un épaulard), cette machine pourrait sans doute ralentir la course de la destruction de l’humanité si ce n’était la présence encombrante d’écoterroristes (Charles Dance), de militaires américains toujours prêts à tout faire sauter, et de l’ex-conjoint d’Emma, Mark (Kyle Chandler), si colérique qu’il pourrait servir de bombe à fragmentation.

Dans ce cinéma de la boursouflure, et alors que le niveau sonore des cris et des rugissements représente moins une menace pour la planète que pour nos pauvres tympans, les Titans, puisque c’est ainsi qu’on les surnomme, s’affrontent dans une perpétuelle semi-obscurité les rendant quasi interchangeables. Or, cette sensation de déjà vu ne s’élève jamais au-delà des vieilles recettes du film catastrophe des années 1970 : dialogues insipides et moralisateurs, présence de figures connues, mais pas trop coûteuses, débauche de moyens où un montage au sécateur tente de camoufler la vacuité ambiante, etc.

À plusieurs reprises dans Godzilla : King of the Monsters, le nom de King Kong revient tel un mantra, mais il s’agit surtout d’une façon d’annoncer un nouvel affrontement prévu pour l’an prochain, et qui va s’intituler, je vous le donne en mille : Godzilla vs. Kong. Dans cette monarchie de pacotille, de pixels et de détritus, où Washington D.C. apparaît en lambeaux comme en ce moment sous le règne de Donald Trump, les bagarres pourraient être assimilées aux rivalités entre candidats écervelés d’une quelconque émission de téléréalité. Vivement que Godzilla se retrouve au ballottage.

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Godzilla II. Roi des monstres (V.F. de Godzilla : King of the Monsters)

★★

Science-fiction de Michael Dougherty. Avec Vera Farmiga, Kyle Chandler, Sally Hawkins, Bradley Whitford. États-Unis, 2019, 131 minutes.