Monia Chokri décroche le prix Coup de cœur du jury d’«Un certain regard»

La cinéaste Monia Chokri a vu son travail salué par la classe politique québécoise. Elle est, sur cette photo, accompagnée de l’actrice Anne-Élisabeth Bossé (à gauche).
Photo: Valéry Hache Agence France-Presse La cinéaste Monia Chokri a vu son travail salué par la classe politique québécoise. Elle est, sur cette photo, accompagnée de l’actrice Anne-Élisabeth Bossé (à gauche).

C’est le dernier jour du festival avant la clôture, le temps est toujours gris, mais vendredi soir, lors de la remise des prix dans la section Un certain regard, le Québec s’est retrouvé à l’honneur, ensoleillant la veillée. La femme de mon frère, premier long métrage de Monia Chokri, qui avait ouvert cette sélection, a remporté le Prix coup de cœur du jury ex aequo avec The Clim de Michael Angelo Covino, montrant que le rire et les avaries familiales n’ont pas de frontières.

La comédie de charme et d’humour donnant la vedette à Anne-Élisabeth Bossé prendra l’affiche au Québec le 7 juin et, d’ores et déjà, ce laurier l’auréole. Rappelons qu’il aborde l’histoire d’une diplômée universitaire dans la dèche qui vit une relation fusionnelle avec son frère et que la vie malmène jusqu’à ce que l’amour se fraie un chemin dans sa vie.

La ministre québécoise de la Culture, Nathalie Roy, a réagi à la nouvelle sur Twitter vendredi. « Vous nous rendez fiers ! » a-t-elle écrit. « Ce prix vient confirmer la naissance d’une réalisatrice de grand talent que nous pourrons tous suivre avec grand plaisir, et pour de nombreuses années à venir », s’est pour sa part réjoui Patrick Roy, président des Films Séville qui distribue le film.

Un Triet charmant

J’ai attrapé en fin de course Sibyl de la Française Justine Triet (La bataille de Solférino, Victoria), drôle et charmant, fort bien scénarisé et réalisé avec grande rigueur, mais sans force de frappe exceptionnelle. Virginie Efira, formidable en femme au bord du gouffre, y campe Sibyl, une psychanalyste écrivaine, mêlée dans ses amours, alcoolique abstinente la plupart du temps. La dame est obsédée par une patiente (Adèle Exarchopoulos dans un rôle larmoyant), une actrice débutante qui part jouer à Stromboli (clin d’œil au film de Rossellini) pour une cinéaste incarnée avec délectation par Sandra Hüller, l’actrice de Toni Erdmann. Enceinte de l’acteur du film (Gaspard Ulliel), à côté de ses pompes, bientôt avortée, la jeune actrice attire Sibyl au bord du volcan pour l’assister dans son tournage, laquelle se laissera inspirer par elle pour écrire son premier roman. Tout le monde, c’est son côté rigolo, manipule tout le monde dans ce film-là.

Un Suleiman loufoque

Autre film en lice pour la Palme d’or : It Must Be Heaven du Palestinien Elia Suleiman, lauréat du Prix du jury en 2002 pour son merveilleux Intervention divine. Sa dernière œuvre n’a pas sa puissance, mais n’en constitue pas moins une fable drôle et loufoque où le cinéaste en est l’acteur principal, une fois de plus. Avec sa dégaine de Buster Keaton à chapeau, muet, observant l’agitation autour de lui, Elia Suleiman quitte sa Palestine où ses voisins étranges perdent un peu la raison, mais où la poésie se glisse entre les oliviers, pour gagner Paris.

Le film est délicieux, servi en trois volets, plusieurs plans fixes, une lumière suave sur série de vignettes désopilantes. La capitale française, quasi déserte, se voit croquée en petites scènes cocasses, sur clichés servis avec une élégance déjantée : des policiers en trottinettes, des touristes japonais égarés, des Parisiennes d’une folle élégance, des tanks à la queue leu leu, des règles invraisemblables suivies par les forces de l’ordre ou les services de santé ; vraie mosaïque de contradictions visuelles lancées au vent.

Un segment fut tourné à Montréal déguisé en New York, alors on n’y parle qu’anglais, mais en des lieux que les Québécois reconnaissent forcément. La productrice Nancy Grant, de Métafilms, joue son propre rôle. Des gens déguisés pour l’Halloween hantent les rues, les fusils sont partout. Un paradis, New York ? Poser la question, c’est y répondre. Vivement le retour au pays ! Moins politique qu’Intervention divine, plus léger, mais pétri de charme, It Must Be Heaven s’est laissé déguster comme un vin léger.

Odile Tremblay est l’invitée du Festival de Cannes.