Doris Day rend l’âme

Doris Day le 15 avril 1955 accueillie avec des roses à l’aéroport Le Bourget à Paris
Photo: Associated Press Doris Day le 15 avril 1955 accueillie avec des roses à l’aéroport Le Bourget à Paris

Doris Day, décédée lundi en Californie à l’âge de 97 ans, restera dans les mémoires pour Qué será será, un succès planétaire qui lui a permis de réunir les deux grands axes de sa carrière : la chanson et le cinéma, auxquels elle doit deux étoiles à Hollywood.

L’Américaine a 32 ans, en 1956, quand Alfred Hitchcock lui donne le rôle émouvant d’une mère dont l’enfant est enlevé par des espions venant du froid dans L’homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much).

Aux côtés de James Stewart et de Daniel Gélin, Doris Day joue un rôle taillé sur mesure : celui d’une chanteuse célèbre qui interprète Qué será será à tue-tête pour signaler à son fils que l’heure de la libération est proche. Le morceau, signé Jay Livingston et Ray Evans, décroche l’Oscar de la meilleure chanson originale.

Adorée du public

Des Oscar, Doris Day n’en décrochera pourtant aucun, malgré une quarantaine de films et l’adoration du public. Son côté voisine sympathique, joyeuse et sans histoires ne séduira pas la critique cinématographique et elle devra se contenter d’un trophée Grammypour sa carrière de chanteuse, avec 650 titres à son actif.

Pour la critique de cinéma Molly Haskell, Doris Day est « l’actrice la plus sous-estimée, la moins bien reconnue qui soit jamais passée par Hollywood ».

Sur le plan personnel, la vie n’aura pas été facile pour Doris Mary Anne Kappelhoff, née le 3 avril 1922à Cincinnati, dans une famille d’origine allemande. Ses parents divorcent alors qu’elle a 13 ans et Doris se retrouve avec une mère qui la pousse à monter sur scène.

Après un grave accident de voiture, elle doit abandonner la danse pour se consacrer au chant.

Sa carrière commence au début des années 1940. Doris Day chante pour le big band de Les Brown, avec qui elle interprète Sentimental Journey, futur hymne du retour des soldats à la maison après la victoire de 1945.

Mais la jeune femme a déjà divorcé d’un premier mari, violent, mettant fin au premier de quatre mariages dont aucun ne durera.

En 1948, elle tourne son premier film, Romance à Rio (Romance on the High Seas), qui sera suivi d’autres succès comme Terreur blonde (Calamity Jane, 1953), Les pièges de la passion (Love Me or Leave Me, 1955) ou Ne mangez pas les marguerites (Please Don’t Eat the Daisies, 1960).

Vedette du vaudeville

Doris Day brille surtout dans le vaudeville, un genre qui culmine en 1959 avec Confidences sur l’oreiller, où elle tourne aux côtés de Cary Grant et Rock Hudson. Le film est le seul qui lui vaudra une sélection aux Oscar.

Le jour de ses 29 ans, elle épouse Martin Melcher, qui deviendra son imprésario. Mais lorsqu’il meurt en 1968, elle découvre qu’il l’a criblée de dettes.

J’aime être gaie. J’aime m’amuser sur un tournage. J’aime porter de beaux vêtements et être belle. J’aime sourire et que les gens rient. C’est tout ce que je veux.

La vedette obtient 22 millions de dollars de dédommagement d’un homme d’affaires embauché par Melcher pour gérer sa fortune. Elle garde de ce second mari son seul enfant, Terry Melcher, qui mourra d’un cancer en 2004.

Tout au long de sa carrière, Doris Day s’efforce de défendre son image d’Américaine modèle, refusant en 1967 le rôle de Mme Robinson dans Le lauréat (The Graduate), qu’elle juge osé.

« J’aime être gaie. J’aime m’amuser sur un tournage. J’aime porter de beaux vêtements et être belle. J’aime sourire et que les gens rient. C’est tout ce que je veux », résume-t-elle lors d’une entrevue.

Depuis qu’elle ne tournait plus, Doris Day était devenue une amie des animaux, qu’elle accueillait dans son hôtel de Carmel, en Californie.

En 2004, le président George W. Bush lui avait remis la « médaille de la Liberté », la plus haute récompense civile américaine, pour avoir « ravi les coeurs des Américains tout en enrichissant notre culture ».

Ils ont dit…

Sarah Jessica Parker. « Oh, Mme Day, une fille de Cincinnati, tout comme moi ! Combien de lettres je vous ai écrites sans jamais vous les envoyer ! […] Toutes disaient la même chose : “je vous aime !” Des millions ont pensé et dit la même chose. »

Goldie Hawn. « La grande Doris Day nous a quittés en emportant un morceau de soleil avec elle. Elle a illuminé nos vies et vécu la sienne avec dignité. Qu’elle repose en paix. »

Paul McCartney. Doris Day était « une vraie star, à plus d’un titre. Elle avait un coeur d’or et c’était une lady très amusante ».

Le dramaturge Paul Rudnick. Doris Day « était bonne et respectable, à l’écran et dans la vie ; elle a défendu son amitié pour Rock Hudson après son diagnostic de VIH, malgré un climat de peur et de désaveu ».

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