«Pokémon: Détective Pikachu»: le puéril jaune

Pikachu est flanqué d’une casquette digne de Sherlock Holmes.
Photo: Warner Bros Pikachu est flanqué d’une casquette digne de Sherlock Holmes.

Lorsque certains phénomènes culturels nous échappent et se déclinent de tant de manières que l’on en perd le fil des origines, mieux vaut sans doute appréhender chaque variation pour ses valeurs intrinsèques. Si bien sûr elles ne sont pas toutes ensevelies sous les diktats du commerce…

Qui n’a pas déjà son opinion sur l’univers des Pokémon ? Des jeux vidéo aux cartes à échanger en passant par les mangas et des films médiocres qui font passer Ultraman pour un chef-d’œuvre d’Akira Kurosawa, ces petites bestioles n’en finissent plus de polluer notre imaginaire collectif — que l’on aime ou pas. Rob Letterman (Gulliver’s Travels, Shark Tale) et la pléthore de scénaristes qui signent Pokémon. Détective Pikachu nous offrent tout de même une entrée en matière pédagogique, question d’éviter que les non-initiés se sentent tous largués.

Nous voilà donc plongés dans ce monde au jaune aveuglant, et dans un futur à la Blade Runner où la pluie aurait enfin cessé, de même que la pollution, sauf visuelle, et à forte teneur publicitaire. Ce qui n’exclut pas d’autres excès, de même que les emprunts dignes du plagiat éhonté (bonjour Alien et ses créatures dégoulinantes), question de sortir de leur torpeur les grandes personnes contraintes d’accompagner leur marmaille.

Les plus jeunes retrouveront avec bonheur le petit Pikachu (voix de Ryan Reynolds), flanqué d’une casquette digne de Sherlock Homes, collant aux baskets de Tim (Justice Smith), venant d’apprendre la mort de son père, lui aussi détective, disparu dans des circonstances troubles. Pour connaître la vérité, le jeune homme débarque à Ryme City, là où êtres humains et Pokémon cohabitent en harmonie grâce au génie d’un magnat de la presse et de la finance incarné par Bill Nighy, brillant acteur capable d’assumer avec panache le ridicule de certains de ses personnages. Dont celui-ci.

Dans ce monde aux technologies plus sophistiquées que les avancées sociales — faut-il encore nous servir la jeune journaliste ambitieuse et séduisante (Kathryn Newton) jouant les seconds violons auprès du héros victorieux, mais sans compétences particulières ? — se déploie une foule de personnages cartoonesques flanqués de figurines agiles, espiègles et parfois belliqueuses. Car toute cette frénésie policière à saveur de science-fiction est déclenchée par une mystérieuse mixture transformant les Pokémon en version mignonne des Gremlins, question d’injecter un peu d’insolence diabolique à l’affaire. Et ainsi faire plaisir aux adultes marqués par les films de Joe Dante, qui le réclameront ici à grands cris.

Grâce à son habituel débit fantaisiste et à son petit génie comique, Ryan Reynolds fait de son Pikachu un charmant associé aux moues suaves dignes de Garfield, la seule note réjouissante d’une entreprise depuis longtemps contaminée par son obsession de rentabiliser ses produits dérivés. Même si Letterman a su rehausser l’affaire de quelques crans, particulièrement sur le plan visuel, tout cela apparaît au final moins jaune saillant que beige pâle.

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Pokémon: Détective Pikachu (V.F. de Pokemon: Detective Pikachu)

★★ 1/2

Aventures de Rob Letterman. Avec Justice Smith, Kathryn Newton, Bill Nighy, Ken Watanabe. États-Unis, 2019, 104 minutes.