«UglyDolls»: la tyrannie de la beauté

Le film d’animation «UglyDolls», avec les voix de Marie-Mai, Koriass, Ludivine Reding et Xavier Dolan en français, prend l’affiche vendredi au Québec.
Photo: VVS Films Le film d’animation «UglyDolls», avec les voix de Marie-Mai, Koriass, Ludivine Reding et Xavier Dolan en français, prend l’affiche vendredi au Québec.

Kelly Asbury n’est pas le cinéaste d’animation le plus connu de sa confrérie, mais son nom demeure associé à plusieurs films qui ont marqué des générations d’enfants (et les oreilles de leurs parents) comme directeur artistique (The Little Mermaid, Beauty and the Beast) ou comme réalisateur (Shrek 2).

UglyDolls ressemble à une synthèse de nombreux artefacts culturels, pigeant aussi dans l’esthétique accrocheuse de productions plus inspirées que celle-ci. Le spectateur attentif ne pourra cesser de jouer au jeu des comparaisons, car les poupées et jouets qui peuplent cet univers pourraient passer incognito dans Monsters Inc. ou Inside Out. Et si vous espériez la fin des variations 2.0 des talents Catelli, et de tous ces concours télévisés où l’on départage cruellement le bon grain de l’ivraie, détrompez-vous.

C’est un jugement implacable que subissent des poupées affichant une quelconque imperfection sur la chaîne de montage d’une usine : les voilà échouées à UglyVille, cité perdue à l’esprit festif, où la joviale Moxy (voix de Kelly Clarkson) est convaincue qu’un enfant l’attend quelque part pour se faire cajoler. Déterminée à matérialiser son rêve, et avec l’aide de quelques amis, elle quitte cette enclave dorée pour débarquer dans une jungle sophistiquée, un espace de la dernière chance. Car c’est là où ces figurines franchissent le dernier seuil, une autorisation octroyée par Lou (voix de Nick Jonas), croisement entre un animateur de foule déchaîné, un chanteur de charme subjugué par sa propre personne et un démon blond.

Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, UglyDolls fait l’apologie de tous les parias, certains avec un membre en moins, d’autres portant des lunettes, l’ensemble étant jugé inapte à remplir sa mission consolatrice pour cause d’inadéquation décrétée par un groupe à la pensée homogène. Cette conquête de la singularité bienheureuse s’exprime dans un style graphique débordant de couleurs vives, mais aux décors somme toute restreints (oubliez l’opulence de Coco ou les débordements dantesques de Toy Story 3).

Alors que bon nombre de ces films hautement calibrés, dont justement Shrek 2, ressemblent parfois à de véritables palmarès radiophoniques, calqués sur ceux des années 1980, UglyDolls fait le pari de la comédie musicale à saveur électro pop. Pas question de se contenter d’une chanson originale superposée au générique de fin : les numéros musicaux s’enfilent à grande vitesse, portés par des voix puissantes et des musiques tout ce qu’il y a de plus top 50. Depuis Frozen, on recherche le nouveau Graal version ver d’oreille, et les artisans d’UglyDolls n’ont pas ménagé leurs efforts, ni leurs cordes vocales, pour s’en approcher.

Misant sur un humour bon enfant, voire inoffensif, ce plaidoyer de la bienveillance n’est certes pas un hommage au dépaysement culturel, limitant ses horizons à cet univers darwinien du « Je gueule, donc je suis ». Ce qui n’empêche pas ces petites créatures timidement amochées de savoir consoler des enfants subissant les diktats du conformisme. UglyDolls aborde le sujet, mais sans l’intention de changer la recette pour brasser la cage.

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UglyDolls. Le film (V.F. de UglyDolls)

★★★

Film d’animation de Kelly Asbury. Avec les voix de Kelly Clarkson, Pitbull, Nick Jonas, Janelle Monae. 2019, États-Unis, 87 minutes.