«Un bon coup»: une improbable chimie

Plusieurs facteurs expliquent le succès du film «Un bon coup». En court, cela tient toutefois à un nom: Charlize Theron. À une trame souvent tissée à grosses mailles, Theron insuffle des nuances bienvenues par la seule qualité de son jeu.
Photo: Les films Séville Plusieurs facteurs expliquent le succès du film «Un bon coup». En court, cela tient toutefois à un nom: Charlize Theron. À une trame souvent tissée à grosses mailles, Theron insuffle des nuances bienvenues par la seule qualité de son jeu.

Secrétaire d’État au parcours irréprochable, Charlotte Field reluque la présidence américaine. Brillante, ambitieuse, bûcheuse, maîtresse d’elle-même, elle part favorite : même l’actuel président soutient sa candidature. Bref, tout va bien pour Charlotte. Chroniqueur dans un journal de gauche, Fred Flarsky, un type impulsif et négligé, s’apprête à pointer au chômage. Plutôt que de travailler pour le magnat de droite qui vient d’acheter son média, il a préféré démissionner. Bref, tout va mal pour Fred. Dissemblables au possible, voici que Charlotte et Fred se recroisent des années après qu’elle eut été sa gardienne bien-aimée. S’ensuit un mélange assez irrésistible de conte de fées un peu trash et de satire politique.

Plusieurs facteurs expliquent le succès du film Un bon coup, titre québécois peu subtil de Long Shot. En court, cela tient toutefois à un nom : Charlize Theron. À une trame souvent tissée à grosses mailles, Theron insuffle des nuances bienvenues par la seule qualité de son jeu. Cela, en démontrant un timing comique sans faille, tant dans la livraison que dans la mimique.

Actrice d’exception comme elle l’a prouvé dans Monster en tueuse Aileen Wuornos (avec Oscar à la clé), Mad Max. La route du chaos (Mad Max : Fury Road) en conductrice qui vole la vedette au personnage éponyme, ou encore dans Tully en mère atteinte d’un post-partum « créatif », elle n’avait jusqu’ici guère eu l’occasion de s’illustrer dans l’humour. Il est des exceptions, comme Gringo, un des titres oubliables de sa filmo dont elle était justement le meilleur élément, mais Un bon coup est la première franche comédie où elle tient l’un des deux rôles principaux. Une comédie romantique, de surcroît.

 

Aller voir Un bon coup ou pas?

 

Un Cendrillon poilu

En effet, comme on l’écrivait d’office, l’intrigue repose sur des rouages narratifs et un rapport à la vraisemblance hérités des contes de fées : c’est entendu, c’est assumé. Pour parer à la mièvrerie, on a adopté une approche crue, dans le verbe et parfois dans l’image, et force est d’admettre que le résultat fonctionne.

Quoi qu’il en soit, la Cendrillon dans cette itération-ci n’est pas la femme, mais l’homme. En l’occurrence, le prototype du « gars-d’à-côté » : Seth Rogen, qui lui est un habitué du registre comique. Il en est pour le compte à sa troisième collaboration avec Jonathan Levine, réalisateur à tout faire compétent, après 50/50 et La veille (The Night Before).

À cet égard, s’il s’avère parfait en amoureux transi s’estimant indigne de prétendre au coeur de sa mie, lui affichant un physique quelconque et elle, une absolue perfection, il reste que Rogen n’élargit pas son registre coutumier, contrairement à sa partenaire.

En l’occurrence, les protagonistes en viennent à former un couple non pas parce que Fred fait rire Charlotte, quoique ça aide, mais parce que tous deux partagent des convictions communes. Tandis qu’elle envisage de difficiles compromis en rationalisant expertement, il agit gauchement mais sincèrement comme sa conscience. C’est cette dynamique qui emporte l’adhésion et distingue Un bon coup de tous ces films où un type ordinaire séduit une femme magnifique grâce à son seul sens de l’humour. Charlotte, en particulier, ne se réduit pas à ce cliché-là.

De manière judicieuse, le scénario de Liz Hannah, qui s’est fait les dents sur Le Post (The Post) de Spielberg, et de Dan Sterling (The Office, South Park), fait de la question de la disparité esthétique un enjeu majeur, renvoyant les électeurs (et les spectateurs) à leurs a priori. Cela étant, qu’un Seth Rogen puisse étaler sa ventripotence poilue et que ce soit jugé « cute » alors qu’une Charlize Theron est condamnée à demeurer une déesse même lorsque décoiffée, constitue un angle mort pour le moins ironique.

En toute justice cependant, le film est truffé de remarques et de situations rappelant les iniquités et turpitudes auxquelles une femme comme Charlotte Field est confrontée au quotidien, tant du côté médiatique (parodie de FoxNews désopilante mais tristement près du modèle) que politique (président et collègues mâles évoquant d’abord son sexe et/ou son physique puis — peut-être — ses compétences).

Drôlement proche

D’ailleurs, dans son volet satirique, Un bon coup brosse un portrait certes bouffon de ladite classe politique, mais qui souvent se rapproche, oui, drôlement de la vraie vie. On pense entre autres au premier ministre du Canada, un homme très séduisant, contrairement à Fred, avec qui la presse à potins se plaît à imaginer Charlotte. Le Suédois Alexander Skarsgård, vu récemment dans le film de Kim Nguyen Le projet Hummingbird (The Hummingbird Project), joue le personnage comme un pantin… s’exprimant dans un anglais mâtiné d’un accent francophone. Il est hilarant dans ses quelques scènes.

À ce propos, que ce soit une comédienne sud-africaine, ce qu’est Charlize Theron, et un comédien canadien, ce qu’est Seth Rogen, qui se moquent de la sorte de l’hégémonique politique américaine dans une production tournée dans un Montréal maquillé en Washington (l’as Yves Bélanger à la photo) ne fait qu’ajouter un niveau de plaisir à Un bon coup. Un titre québécois qui, aussi peu subtil soit-il, ne manque finalement pas de pertinence.

Un bon coup (V.F. de Long Shot)

★★★ 1/2

Comédie romantique de Jonathan Levine. Avec Charlize Theron, Seth Rogen, O’Shea Jackson Jr., June Diane Raphael. États-Unis, 2019, 125 minutes.