«The Grizzlies»: le bonheur, c’est peut-être le sport

«The Grizzlies» est d’abord basé sur une histoire vraie.
Photo: Métropole Films «The Grizzlies» est d’abord basé sur une histoire vraie.

Du sud au nord, une réalité toujours incontournable : ne jamais laisser désoeuvrés des adolescents. Et plus encore lorsqu’ils sont convaincus, à tort ou à raison, que leur avenir ne va guère au-delà de la ligne d’horizon.

Ceux de la petite communauté de Kugluktuk dans le Nunavut le considèrent sombre et sans issue, comme en témoigne la hausse vertigineuse du décrochage scolaire, ainsi que celui, encore plus tragique, du taux de suicide. C’est ce climat que décrit Miranda de Pencier dans The Grizzlies, et dans lequel elle plonge Russ (Ben Schnetzer), un jeune professeur d’histoire venant de décrocher son premier emploi, ignorant tout de cet endroit avant d’y poser les pieds. Il va vite constater que les arbres se font rares, contrairement à la violence domestique et à l’ennui.

Devant l’insubordination de certains élèves et le je-m’en-foutisme de beaucoup d’autres, ce jeune homme athlétique et un brin zélé va tenter l’impossible pour changer cette ambiance mortifère. La révolution qu’il propose passe par le sport, plus précisément la crosse, « un sport plus ancien que le hockey » et qui pourrait les sortir tous et toutes de leur léthargie. Encore faut-il que ces élèves méfiants, à bon droit, de l’homme blanc acceptent, justement, de jouer le jeu.

The Grizzlies, c’est d’abord basé sur une histoire vraie, mais c’est aussi une « grande séduction » à l’envers : toute une communauté, réfractaire à l’étranger bienveillant, résiste longtemps à ses tentatives de charme. Celles-ci sont d’abord lourdes et laborieuses, à l’image de ce blanc-bec qui saura s’humaniser au contact de la misère, et surtout d’une détresse morale que le sport pourrait soulager.

The Grizzlies — le nom de cette équipe de crosse à la trajectoire que beaucoup croyaient improbable — affiche une forte identité canadienne, surtout avec Toronto comme point culminant de cette démarche réparatrice, mais épouse des poncifs universels, voire usés à la corde. On y retrouve d’ailleurs les mêmes maladresses édifiantes d’une production moralisatrice, et oscarisée, comme The Green Book : le conquérant oppresseur d’autrefois devient le sauveur d’aujourd’hui, et après la méfiance, place à la camaraderie.

Mais tout comme pour ce film surestimé, The Grizzlies sait manier les bonnes commandes pour tirer quelques larmes, dénoncer des situations tragiques et aberrantes (le récit se déroule dans un passé récent, mais les choses ont-elles vraiment changé ?) et promouvoir les bienfaits d’une passion pratiquée avec intensité.

Ajoutez à cela les vertus du savoir comme puissant levier de libération, telle une version réactualisée, et pleine nature, de Blackboard Jungle, et vous avez là une oeuvre fort édifiante, efficace dans son désir d’évangélisation sociale. On pourrait même y voir une publicité déguisée pour les programmes sport-études, mais aussi un splendide aréopage de jeunes acteurs autochtones dont la ferveur n’est pas seulement sportive, porte-parole des véritables protagonistes qui ont autrefois joué leur va-tout. Pour leur survie.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

The Grizzlies

★★★

Drame sportif de Miranda de Pencier. Avec Ben Schnetzer, Emerald MacDonald, Paul Nutarariaq, Ricky Marty-Pahtaykan. Canada, 2018, 106 minutes.