«Everything Outside»: un duel de non-dits

Louise Portal est magnifique et Ahmed Muslimani, brillant en jeune premier.
Photo: La distributrice de films Louise Portal est magnifique et Ahmed Muslimani, brillant en jeune premier.

D’une délicatesse infinie, nourri de non-dits et de situations équivoques, Everything Outside est une belle surprise printanière. Ce premier long métrage de David Findlay, un cinéaste natif de Québec et formé à Vancouver, se joue des apparences en s’appuyant sur les thèmes de l’ouverture d’esprit, de l’acceptation, de l’amitié, de l’amour presque.

Campé dans un Québec automnal digne de la carte postale — on est à Lac-Saint-Joseph, précise le générique d’ouverture —, le récit tourne autour d’une rencontre improbable dans un chalet isolé. Louise, artiste, aime se retrouver là pour peindre ses tableaux.

Sa quiétude est interrompue par l’arrivée non prévue d’Ahmed, un ami ontarien des propriétaires des lieux. Acteur de Mississauga, il cherche lui aussi la tranquillité et on lui avait promis que cette résidence sur le bord d’un lac était l’endroit idéal.

Excepté quelques séquences, dont une réunion familiale qui permet d’inclure Kati Outinen, actrice fétiche du réalisateur finlandais Aki Kaurismäki, le film met en scène un duel d’acteurs : Louise Portal, magnifique dans ses tourments de soixantenaire, et Ahmed Muslimani, brillant en jeune premier, comme s’il jouait sa propre vie. Le choix de les nommer par leurs véritables prénoms n’est d’ailleurs pas fortuit.

Habile, le réalisateur se sert des codes du film d’horreur pour instaurer une tension, présente du début à la fin. Sans dévoiler ici les enjeux et l’issue de cette fiction très réaliste, on peut néanmoins dire que de sang et de violence, il n’en est pas question. Quoique…

L’isolement, la femme vulnérable, l’inconnu presque étranger — il est anglophone, a des traits et un nom arabes… Le commentaire politique n’est pas loin. David Findlay nous amène pourtant ailleurs.

Tout le long de cette rencontre où il ne se passe pas grand-chose — elle dure pourtant des jours et des nuits —, les deux solitudes se rapprochent, s’apprécient. La mise en scène exploite la nébuleuse qui sépare l’enveloppe extérieure et les sentiments intérieurs, notamment par le biais de la fenêtre qui garde à distance les deux personnages. Il y a dans cet étrange tête-à-tête autant du respect pour la bulle de l’autre que de la peur de briser les codes sociaux.

Ce huis clos à aire ouverte suit quand même une progression. C’est par le travail d’Ahmed, qui doit mémoriser un premier rôle au cinéma (dans un film catastrophe à la sauce Hollywood), qu’on se rend compte de son évolution. Le drame se joue là, dans ce texte écrit. Sans abuser de la mise en abyme, Findlay multiplie les clins d’oeil à la puissance narrative de la fiction.

Dans un autre genre cinématographique, cette histoire aurait eu ses scènes crues, sa part de violence (pour le film d’horreur) ou d’érotisme (pour le drame sentimental). Ici, on a opté pour quelque chose de plus réaliste, laissant des tonnes de situations dans la sphère de l’irréalisable, du fantasme, de la vague idée. C’est non sans raison que le réalisateur insère à l’occasion de brèves séquences, comme des flashs, dont on ne sait si elles sont réelles ou imaginées.

Everything Outside est un film plus latent que lent, et éclatant par ce qui demeure hors de l’écran.

Everything Outside

★★★ 1/2

Drame de David Findlay. Avec Louise Portal, Ahmed Muslimani, Kati Outinen, Québec, 2018, 77 minutes.