Le regrettable retour de Tanguy

«Tanguy, le retour» ne fait pas abstraction de conflits. Ils consistent cependant en des problèmes de riches, dont on se lasse vite.
Photo: SND Distribution «Tanguy, le retour» ne fait pas abstraction de conflits. Ils consistent cependant en des problèmes de riches, dont on se lasse vite.

Si un intervalle de seize ans peut être significatif — par exemple de la naissance au dernier stade de l’adolescence —, chez Étienne Chatiliez (Tatie Danielle), c’est le contraire. Du moins, dans les retrouvailles qu’il dirige dans Tanguy, le retour, l’effet de ce laps de temps est nul. Mêmes personnages principaux, mêmes tics.

Seize ans se sont écoulés depuis que ce cher Tanguy (Éric Berger) a quitté le nid familial. Jadis dans la vingtaine, le voici qui retontit, à 44 ans, chez papa (André Dussollier) et maman (Sabine Azéma). Il ne lèvera plus l’ancre, comme attendu.

La nouveauté ? Sa propre fille, de 16 ans, l’accompagne et, elle aussi, sans surprise, prend racine chez ses grands-parents. Suivront le copain, la mère, les grands-parents maternels.

Énorme succès du cinéma français, Tanguy (2001) avait les qualités de la comédie grinçante et intelligente. Dans son irrévérence, Chatiliez mettait en scène des parents méchants, presque haineux. Le propos autour du phénomène de ces enfants dont on souhaite secrètement se débarrasser sonnait frais, tant il était sans gants blancs.

Peut-on reprendre le même et recommencer ? Bien sûr, avec quelque chose à raconter de nouveau ou de pertinent. On ne retrouve ni l’un ni l’autre dans Tanguy, le retour, malgré ses conteurs, Chatiliez et son coscénariste Laurent Chouchan.

Ce n’est plus à un phénomène de société auquel on assiste, mais à un torrent de clichés. S’il existe sans doute des quarantenaires qui reviennent dans le foyer parental après un divorce, comme Tanguy, ce n’est ici abordé qu’en surface.

Tanguy, le retour ne fait pas abstraction de conflits. Ils consistent cependant en des problèmes de riches, dont on se lasse vite. Édith et Paul, les parents de Tanguy, mènent une vie tranquille en bourgeois qui possèdent tout, argent et temps pour les loisirs.

Même leurs soucis de santé sont anodins en comparaison de leur immense confort. C’est ce train-train que fait dérailler leur Tanguy lorsqu’il revient de Chine, sans femme, mais avec une ado et une face d’enterrement.

Dans cette histoire prévisible, les dialogues sont sans saveur, les farces répétitives. Même les choix vestimentaires sont ressassés malhabilement, à l’instar du t-shirt que porte le grand innocent de 44 ans, où seul le premier mot dans « Évian-les-Bains » a été renversé pour qu’on lise « Naïve ».

Le meilleur survient lorsque la cruauté des parents refait surface. Or, celle-ci est brève et inefficace. Prend alors place le véritable noeud du récit, dont les protagonistes sont des nouveaux venus, tous d’origine chinoise. On n’assiste plus à un conflit de générations, mais à un choc culturel. Elle est là, la surprise.

Ce serait exagéré d’accuser Chatiliez de xénophobie. Reste que le réalisateur, qui insiste sur le quotidien franco-français du couple sexagénaire — lecture au lit de Rubrique-à-brac, croissants frais à chaque petit déj’… —, fait de l’étranger et de ses us culturels de base (langue, gastronomie, cohabitation intergénérationnelle) les causes de contrariété.

Il n’y a que le jeu des acteurs pour passer à travers l’heure et demie. Surtout celui du duo Azéma-Dussollier, toujours crédible et dont l’association à l’écran dépasse l’univers Chatiliez. Un ravissement que de le revoir, même dans ce film sans goût et un peu bête.

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Tanguy, le retour

★★

Comédie d’Étienne Chatiliez. Avec Sabine Azéma, André Dussollier, Éric Berger. France, 2019, 93 minutes.