Monia Chokri, parée pour le festival

Le premier long métrage de Monia Chokri, «La femme de mon frère» (mettant en vedette Anne-Élisabeth Bossé et Patrick Hivon), a été sélectionné pour la 72e édition du festival dans la catégorie Un certain regard.
Photo: Séville Le premier long métrage de Monia Chokri, «La femme de mon frère» (mettant en vedette Anne-Élisabeth Bossé et Patrick Hivon), a été sélectionné pour la 72e édition du festival dans la catégorie Un certain regard.

Monia Chokri connaît déjà les fastes et les coups de coeur de Cannes. Elle avait tenu un des deux rôles principaux dans Les amours imaginaires de Xavier Dolan, imposé sa présence dans Laurence Anyways, tous deux en Sélection officielle à Un certain regard ; d’où ses apparitions là-bas aux côtés du jeune cinéaste en 2010 et en 2012.

Un certain regard lui a porté chance puisque c’est dans cette section que son premier long métrage La femme de mon frère (admissible à la Caméra d’or, décernée à un premier film) se voit sélectionné pour la 72e édition du grand festival en mai prochain. Elle retrouvera du coup le réalisateur qui a fait sa gloire, présent de son côté en compétition avec Matthias et Maxime.

 J’y ai consacré beaucoup de temps, refusant de travailler une matière de base fragile. Sur le plateau, j’étais contente de la joie et du respect qui y régnaient. Mon équipe était heureuse. C’était vraiment bien.

 

Évidemment, la pression n’est pas la même qu’à titre d’interprète, le niveau d’excitation non plus. Quand on porte un film à la réalisation et au scénario dans un rendez-vous aussi important que Cannes, toute l’industrie vient se pointer en tirant les oeuvres vers le haut ou le bas. Au bout du fil, Monia Chokri se dit touchée par cette sélection, d’autant plus qu’Un certain regard se veut une tribune d’audace et de découvertes. Mais son expérience de la Croisette la sert : « J’arrive quand même en terrain connu, dit-elle. J’ai eu des contacts avec les gens du festival et le milieu du cinéma français. Et puis on est tellement occupés à se préparer pour Cannes et pour la sortie du film au Québec, que j’ai à peine le temps de me réjouir. Reste qu’un premier long métrage à Un certain regard est toujours un peu protégé. » Nul ne l’attend là-bas pour lui faire la peau, c’est clair.

La femme de mon frère met en scène Anne-Élisabeth Bossé, Patrick Hivon, Evelyne Brochu, Micheline Bernard, Magalie Lépine-Blondeau et Mani Soleymaniou. Le duo fusionnel d’une soeur (Bossé) et d’un frère (Hivon) se heurte au nouvel amour de ce dernier (Brochu). Le film, qui devrait grincer à souhait, ne se fera pas attendre longtemps chez nous. Il atterrira en salle dès le 7 juin.

Quels mots définissent son film ? « Éclectique, verbeux, coloré, québécois, répond-elle. Et par “québécois”, j’entends avec plusieurs couleurs, plusieurs langues, plusieurs façons de penser. »

Perfectionniste et organisée, Monia Chokri précise que le plus grand défi de La femme de mon frère s’est joué à l’étape du scénario : « J’y ai consacré beaucoup de temps, refusant de travailler une matière de base fragile. Sur le plateau, j’étais contente de la joie et du respect qui y régnaient. Mon équipe était heureuse. C’était vraiment bien. »

La modernité du style de Monia Chokri et son humour décapant ne sont plus à démontrer. Ses talents de réalisatrice et de scénariste avaient éclaté lorsqu’elle prit la barre en 2013 du court métrage de 28 minutes Quelqu’un d’extraordinaire. Cette réunion épineuse de copines, avec une distribution féminine de haut vol, révélait son sens de la réplique et de la mise en scène sur esprit caustique du meilleur effet. Le film lui avait valu une quinzaine de prix au pays et à l’étranger, dont le Jutra du meilleur court métrage au Québec.

Comme d’autres actrices québécoises, Suzanne Clément et Anne Dorval, Monia Chokri a profité en France du tremplin que lui offraient ses performances dans les films de Dolan, si populaire là-bas. Elles lui valurent d’être dirigée par des cinéastes de l’Hexagone, notamment dans Gare du Nord de Claire Simon, Réparer les vivants de Katell Quillévéré, Emma Peeters de Nicole Palo et bientôt en figure principale dans On ment toujours à ceux qu’on aime de Sandrine Dumas. Les réalisatrices se sont particulièrement laissées fasciner outre Atlantique par son profil insolite au sourire en coin de celle à qui on ne la fait pas. Par sa forte personnalité aussi.

« Ce n’est pas anodin, déclare-t-elle. J’ai beaucoup travaillé avec des gais, des femmes et des hommes hétéros qui n’avaient pas peur des femmes. Je ne suis pas une actrice docile. On crée un rôle ensemble à travers un rapport horizontal. »

Ici, elle a joué entre autres pour Denys Arcand (L’âge des ténèbres) et Robin Aubert (Les affamés), sautant désormais de la France au Québec au fil de ses tournages.

Cette sélection à Cannes présage des tournées futures sur la planète festivalière. Mais Monia Chokri n’a pas remisé ses ambitions de cinéaste pour autant. Elle scénarise son prochain long métrage Simple comme Sylvain, tourné en principe à l’automne 2020.

Comme actrice, elle est de la distribution à Radio-Canada de la télésérie Fragile écrite par Serge Boucher et réalisée par Claude Desrosiers, en ondes l’été prochain. Sans oublier des pourparlers pour des projets français. Tous ces fers au feu, et Cannes approche… On la reverra bientôt.

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