«Diamantino»: une candeur conquérante

Diamantino (Carloto Cotta, parfait d’ahurissement) est d’une candeur absolue.
Photo: MK2 Mile End Diamantino (Carloto Cotta, parfait d’ahurissement) est d’une candeur absolue.

Diamantino est l’idole du Portugal, dont il est la plus brillante star de foot. Sur le terrain, ce qu’il accomplit est miraculeux, se plaît à dire son père célibataire qui, depuis que Diamantino est tout petit, lui dispense sages conseils et indéfectible affection. L’image n’est en l’occurrence pas exagérée, car lorsqu’il s’empare du ballon, Diamantino se retrouve dans un univers tapissé de barbe à papa en compagnie de chiots géants. Vous avez bien lu. Avec leur premier film, lauréat du Grand Prix à la Semaine de la critique de Cannes, Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt offrent une satire politico-fantaisiste de sensibilité résolument queer.

Passé l’ouverture campée dans le stade Santiago-Bernabéu de Madrid, temple de la testostérone, on retrouve Diamantino (Carloto Cotta, parfait d’ahurissement) à bord de son yacht. Or, le jeune homme que l’on découvre alors ne relève guère du cliché macho. Ni exactement hétéro, d’ailleurs. Diamantino est, comment dire… ? Il est.

À bord, tous semblent s’éclater, sauf lui. Le regard perdu dans le vague, il ressent un profond vide intérieur, non qu’il en soit conscient. C’est que Diamantino est d’une candeur absolue. Comme le résume une scientifique un peu plus tard, et on reviendra sur ce volet du film, il a les capacités cognitives d’un enfant. Son indice de compassion est en revanche hyper élevé.

De telle sorte que, lorsqu’il repère, au large, un radeau de migrants, Diamantino s’enquiert à son père : mais qu’est-ce donc ? La réponse l’ébranle. Incapable de jouer désormais, Diamantino décide… d’adopter un réfugié. Mais contrairement à ces vedettes qui étalent leur bonté sur Instagram, Diamantino est complètement sincère — et parfaitement naïf — dans son désir de faire le bien.

Absence de malice

En parallèle, deux agents secrets du gouvernement, Aisha et Lucia, qui sont aussi amantes, soupçonnent Diamantino de blanchiment d’argent. Dans sa récente annonce, elles voient l’occasion idéale d’infiltrer son entourage. Voici donc Aisha déguisée en Rahim, adolescent sans-papiersque Diamantino accueille et couvre de cadeaux sans poser davantage de questions.

Cela, au grand dam de Sonia et Natacha, les deux sœurs harpies de Diamantino. Lesquelles, à l’insu de ce dernier, ont conclu un pacte avec le ministère de la Propagande qui souhaite réaliser des expérimentations hormonales pour le moins curieuses sur leur frère.

L’intrigue, on l’aura compris, sedéroule dans une réalité reconnaissable, mais autre. Déployant une esthétique pop assez irrésistible, quoique parfois heurtée par des moyens limités, Abrantes et Schmidt maintiennent un ton ludique dans leur survol d’enjeux aussi variés que, oui, la fermeture des frontières aux réfugiés et les turpitudes financières des riches, mais aussi l’éclatement de l’Union européenne, l’eugénisme, ainsi que les manières diverses et toujours fort belles à travers lesquelles l’amour peut se manifester.

Il y a un côté patchwork à l’entreprise, qui ratisse très large et se condamne, ce faisant, à demeurer en surface. Le rythme s’avère par ailleurs un brin chaotique. À cet égard, un essoufflement notable survient au mitan avant qu’un dénouement déjanté, qui poursuit dans la logique d’échantillonnage hétéroclite du film en repiquant la musique de Shining, viennent clore avec une flamboyance appréciable.

Identité propre

Tout du long, Diamantino officie comme narrateur, y allant de confidences désarmantes qui révèlent un être dénué de malice et existant dans sa propre bulle. Les cinéastes illustrent habilement cette idée en transformant « le reste du monde » en une abstraction. Par exemple, lors d’une participation à un talk-show à la Oprah, jamais ne voit-on l’ombre d’un spectateur. Pendant les matchs, la foule se résume à une lointaine nuée ou à une rumeur hors champ.

S’il est des moments où l’on songe à un improbable croisement entre Zoolander, la parodie du milieu de la mode de Ben Stiller, et Truffe, de Kim Nguyen, pour le regard décalé sur les sombres machinations d’une mystérieuse compagnie, le fait est que Diamantino a une identité propre… si multiple soit-elle.

Diamantino

★★★ 1/2

Fantaisie de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt. Avec Carlotto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira, Margarida Moreira, Chico Chapas, Maria Leite. Portugal, 2018, 96 minutes.