Laurent Lafitte en grand méchant loup

Laurent Lafitte aux côtés de Lily-Rose Depp
Photo: Kazak Productions Laurent Lafitte aux côtés de Lily-Rose Depp

Cela fait plus de vingt ans que Laurent Lafitte trimballe son air pince-sans-rire dans le milieu du cinéma et du show-business français. L’inquiétant voisin du Elle de Paul Verhoeven, le copain des autres dans Les petits mouchoirs, l’escroc titré d’Au revoir là-haut aura été maître de cérémonie à Cannes et aux César. Ajoutez une carrière d’humoriste en parallèle pour ce pensionnaire à la Comédie-Française depuis 2012. Il possède ce côté décalé qui lui permet de se faufiler de plus en plus souvent dans la peau des héros de la marge.

Le voici devenu homme des bois aux allures louches à travers Les fauves de Vincent Mariette aux côtés de Lily-Rose Depp, fille de Vanessa Paradis et de Johnny Depp, jeune actrice lancée en France comme une fusée. Le film prend l’affiche sur nos écrans vendredi prochain.

Le même cinéaste avait réalisé quatre ans plus tôt Tristesse Club, histoire douce-amère d’une fratrie endeuillée, dans laquelle Laurent Lafitte tenait déjà un des rôles principaux. Les fauves navigue en des eaux plus troubles entre fantastique, polar, récit initiatique, conte moderne, sur maintes références cinéphiliques.

Dans un camping en Dordogne au fond des forêts, la jeune Laura (Depp) s’amourache de Paul, un mystérieux écrivain ermite (Lafitte), à l’heure où de jeunes gens disparaissent, mangés, dit-on, par une panthère qui rôde dans les parages.

« Tout est irréel et mythologique dans ce film, précise l’acteur. Paul, mon personnage, est un coureur des bois avec un gros ego, un taiseux aussi. J’ai d’ailleurs fait enlever des dialogues pour en dévoiler sur lui le moins possible. C’est un rôle intéressant à interpréter à cause de ses ambiguïtés, car les intentions du type ne sont pas claires. D’où la tension. Il est le grand méchant loup qui joue avec une panthère et un petit chaperon. Dans le cinéma français, ce type de héros est plus rare que dans le monde anglo-saxon. »

Entre deux mondes

Laurent Lafitte a aimé travailler avec Lily-Rose Depp, qui tient le rôle principal. Toute l’action est perçue à travers son prisme de peur et d’excitation. « C’est bien de voir une actrice éclore et prendre de l’assurance, estime-t-il. Surtout quand elle a eu accès, comme elle, à deux cultures, américaine et française. Son personnage se promène entre deux mondes. Des choses lui échappent et l’actrice devait en saisir tous les enjeux. Dès qu’elle est à l’image, la caméra la caresse. »

Vincent Mariette avait trouvé en Lily-Rose Depp des ressemblances avec l’actrice américaine Christina Ricci en son âge tendre, mélange de flottement et d’assurance qui l’avait à l’époque totalement séduit.

Tout est irréel et mythologique dans ce film. Paul, mon personnage, est un coureur des bois avec un gros ego, un taiseux aussi. [...] C’est un rôle intéressant à interpréter à cause de ses ambiguïtés, car les intentions du type ne sont pas claires.

Les fauves a été tourné en Dordogne. « C’est la région où Vincent Mariette passait ses vacances autrefois chez ses grands-parents, précise Laurent Lafitte. On a tourné dans une grotte sans peintures rupestres, mais Lascaux n’est pas loin. La panthère, on ne l’approchait pas. Présents dans le plan non loin d’elle dans cette grotte-là, mais à travers un mécanisme très sécurisé. »

Capitale pour créer l’ambiance insolite, la bande sonore du film fut créée par le cinéaste avec l’appui de deux musiciens russes, Evgueni et Sacha Galperine, sur références à celle d’Under the Skin, thriller dystopique de Jonathan Glazer, et celle d’Inherent Vice, polar de Paul ThomasAnderson aux accents mélodieux et angoissants.

Laurent Lafitte se réjouissait de ses retrouvailles avec le cinéaste de Tristesse Club. « En collaborant plus d’une fois avec un réalisateur, on peut s’inscrire dans son univers. Pour Les fauves, j’éprouvais au départ la crainte que le scénario ne soit pas crédible, que l’équilibre entre l’onirisme et le réalisme demeure fragile, mais Vincent Mariette s’est particulièrement concentré sur mon personnage, qui avance sur ce fil ténu. J’ai aimé l’aspect minimaliste du film, soigné sans être esthétisant, très moderne. La sensibilité du cinéaste est partout présente, avec une tendresse pour ses héros, une nostalgie et une poésie sur le thème récurrent de la perte de l’innocence. »

Les fauves touche à la psychanalyse des contes, dans le sillage de Bruno Bettelheim. « Les contes sont souvent porteurs d’enseignements, mais si on les utilise comme une arme de culpabilité, ils peuvent devenir néfastes », conclut Laurent Lafitte après cette immersion dans la peau du grand méchant loup.

Cette entrevue a été effectuée à Paris dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance.

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