«L’empereur de Paris»: à chaque époque son Vidocq

N’en étant pas à son premier rôle de rebelle au grand cœur et aux poings serrés, Vincent Cassel (à gauche) se révèle bouillant, mais prévisible.
Photo: Az Films N’en étant pas à son premier rôle de rebelle au grand cœur et aux poings serrés, Vincent Cassel (à gauche) se révèle bouillant, mais prévisible.

Au cinéma comme à la télévision, Eugène-François Vidocq a coulé des jours heureux, car on ne compte plus les relectures de sa vie tumultueuse avec d’illustres acteurs, d’Harry Baur à Gérard Depardieu en passant par Claude Brasseur. Après la publication de ses mémoires en 1828, Victor Hugo et Honoré de Balzac (le personnage de Vautrin, dans La comédie humaine) n’ont d’ailleurs pas hésité à s’en inspirer.

Puisqu’il semble que chaque époque doit posséder Vidocq, et que le dernier en lice, celui de Pitof en 2001, n’avait guère laissé de bons souvenirs, c’est au tour de Jean-François Richet (Ma 6-T va crack-er, Mesrine) de nous offrir sa variation dans L’empereur de Paris. La trajectoire de ce petit-bourgeois devenu bagnard, commerçant, mouchard et policier semble faite sur mesure pour les séries télévisées, mais Richet s’est plutôt attardé à un chapitre important.

Après une autre évasion spectaculaire en 1799, Vidocq (Vincent Cassel, un habitué du cinéma de Richet) se présente à Paris en respectable marchand de tissus, mais se retrouve vite au milieu de la racaille et de policiers butés qui l’ont reconnu — et veulent mettre la main sur un des hommes les plus recherchés de France.

Plutôt que de jouer à cache-cache, Vidocq, fin renard, offre ses services aux autorités pour débusquer des filous qui passent entre les mailles de leurs filets, une proposition pas désintéressée, celui-ci cherchant à être gracié. Pour ratisser Paris, il forme une escouade disparate de gens capables de se fondre dans la foule, d’épingler les renégats, impressionnant les bonzes qui grouillent autour de l’empereur Napoléon (que l’on croise en coup de vent comme s’il s’agissait du Messie), certains incarnés avec conviction par Patrick Chesnais et Fabrice Luchini (qui ne peut toutefois s’empêcher de faire son petit numéro).

S’il fallait apposer à L’empereur de Paris une grille féministe, le constat serait quelque peu accablant entre la prostituée aux allures de mannequin (Freya Mayor) et la baronne camouflant son passé dans les bas-fonds (Olga Kurylenko), perdues dans ce monde de virilité triomphante. Le film est décrit de façon tapageuse, ponctué de nombreuses scènes de bagarres au montage frénétique, voire agaçant. Les derniers assauts semblent d’ailleurs ravir Richet, visiblement très à l’aise dans ces chorégraphies où les sabres se disputent notre attention entre deux coups de pistolets rustiques.

L’empereur de Paris, c’est surtout une extravaganza déguisée en film historique où domine le bouillant mais prévisible Vincent Cassel, qui n’en est pas à son premier rebelle au grand coeur et aux poings serrés, une ballade luxueuse dans un Paris numérisé dont les dédales sentent davantage la propreté des studios que les odeurs de marchés publics ou de logis crasseux. La finale, grandiloquente, pourrait annoncer de nouvelles aventures, mais tout ce qui précède relève du manège à vitesse variable. La figure inusable de Vidocq devrait patiemment attendre l’arrivée d’une autre époque.

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L’empereur de Paris

★★ 1/2

Drame historique de Jean-François Richet. Avec Vincent Cassel, Olga Kurylenko, Fabrice Luchini, Patrick Chesnais. France, 2018, 120 minutes.