Un «Shazam!» exempt de magie

Le superhéros adulte (Zachary Levi) plaît davantage que le jeune héros, mais son adaptation est trop facile.
Photo: Warner Bros Pictures Le superhéros adulte (Zachary Levi) plaît davantage que le jeune héros, mais son adaptation est trop facile.

Avec son costume vintage aux couleurs vives et sa belle innocence, Shazam a de quoi charmer, tant il ne cadre pas dans l’univers sombre et hypersophistiqué des superhéros. Sa dégaine transcende son apparence d’homme fort, rapide et invulnérable.

Or, le personnage éponyme de Shazam !, le plus récent film tiré des classiques comics, enseigne DC, semble avoir été abandonné par les scénaristes et le réalisateur. Le filon narratif autour de la personnalité ambiguë d’un héros malgré lui cède sa place à des batailles et des effets spéciaux mille fois vus.

Le réalisateur David Sandberg (Annabelle : Creation) avait pourtant des éléments pour dépasser le récit de fin du monde basé sur l’affrontement entre le mal et le bien. Shazam !, comme le point d’exclamation l’exprime, est avant tout une histoire de magicien. Pourtant, de la magie ou de la sorcellerie, on en voit que de manière superficielle, prétexte aux pouvoirs surnaturels. Harry Potter n’est qu’effleuré.

Il y a aussi ce ton de dérision, saupoudré plus qu’exploité, mais qui donne les très rares bonnes scènes. Il fallait bien rire, par exemple, de ces combats trop souvent interrompus par les dialogues dans ce genre de films. Shazam, en bon héros qui ignore les codes, s’amuse à en souligner l’absurdité.

L’histoire de base, toute simple (on cherche la relève au vieillissant magicien, dernier gardien de l’humanité), a été complexifiée par des flashback, des chicanes de famille et des soifs de vengeance. Ou de pardon. Le méchant tue, le gentil passe l’éponge. Et la morale n’est pas loin.

La double identité du héros, adolescent dans la vraie vie, adulte en costume rouge et jaune dès qu’il exprime son « shazam ! », repose sur deux réalités parallèles mal arrimées. À l’occasion, on tire des pointes sur son patronyme, sur lequel on ne s’entend pas. Il faut dire que Shazam est une appellation toute récente pour celui qu’on nommait autrefois Captain Marvel, mais qu’il a fallu rebaptiser pour des questions légales à l’égard du personnage de l’autre compagnie.

À l’écran, le jeune héros est mal dessiné, campé par un Asher Angel sans éclat. Le superhéros adulte (Zachary Levi) plaît davantage, mais son adaptation est trop facile, finalement. Les maladresses, ou ses impressions bon enfant, sont juste banales.

Les traits de l’ennemi numéro un, le docteur Sivana (Mark Strong), sont mieux exploités. Il est vrai qu’on ne s’embourbe pas trop dans les explications de sa haine et qu’on ne connaît pas sa vie de simple citoyen. Accompagné par des monstres en guise des sept pêchés capitaux, il provoque les scènes d’horreur, dont la meilleure se déroule en haut d’une tour de bureaux.

C’était de mauvais présage (pour les personnages du reste du film), mais c’est plutôt le public qui souffrira, pour la mauvaise raison : les monstres, au bout du compte, s’avèrent bien dociles lorsqu’ils affrontent Shazam et sa gang.

Aux sept pêchés, le personnage central opposait les dons qu’il reprenait de six individualités de l’Antiquité. Son identité est l’acronyme de Salomon, Hercule et autres Zeus, mais ça, le cinéma hollywoodien ne voit pas trop d’intérêt à s’y attarder. Tant que le méchant perd…

Shazam !

★★ 1/2

Film de superhéros de David F. Sandberg. Avec Zachary Levi, Asher Angel, Jack Dylan Grazer, Mark Strong, 2019, 132 minutes.