Quand Cassel joue Vidocq

Le film de Jean-François Richet embrasse les années de bagne et une spectaculaire évasion.
Photo: AZ Films Le film de Jean-François Richet embrasse les années de bagne et une spectaculaire évasion.

La collaboration entre Vincent Cassel et le cinéaste français Jean-François Richet ne date pas d’hier. Le prolifique acteur de La haine, de Black Swan et de Juste la fin du monde avait déjà incarné les voleurs sous sa direction en 2008 dans le diptyque L’instinct de mort-L’ennemi public no 1 consacré aux exploits criminels de Jacques Mesrine en France et au Québec. Tous deux s’étaient retrouvés en 2015 à travers la comédie de moeurs moins inspirée Un moment d’égarement.

Voici leur retour à l’univers des malfaiteurs dans le champ de la production historique sous le règne de Napoléon 1er à travers L’empereur de Paris. Le film remonte le parcours au début du XIXe siècle du légendaire François Vidocq, né en 1775 à Arras, voleur, faussaire et escroc, bagnard, as de l’évasion, tombeur de filles, devenu à Paris chef de la brigade de sûreté. Il gagne nos écrans vendredi prochain avec forte distribution, dont Patrick Chesnais, Denis Ménochet, Fabrice Luchini, Olga Kurylenko, Denis Lavant.

Jean-François Richet s’est basé sur les écrits de Vidocq, qui n’était pas avare de mots, même avec l’aide d’écrivains fantômes. Quatre tomes de mémoire : « Ça donne une idée de la façon dont le mec se voyait. On en a extrait l’essence en espérant que les gens allaient y croire. »

Les aventures de ce héros protéiforme avaient été maintes fois portées à l’écran, entre autres dans la série Les nouvelles aventures de Vidocq, où Claude Brasseur jouait le rôle-titre, et dans le moins réussi Vidocq de Pitof en 2001 avec Gérard Depardieu. Plusieurs bandes dessinées ont ressuscité ses hauts faits.

Le film pour lequel Jean-François Richet s’est inspiré, côté rythme et trépidantes aventures, des livres d’Alexandre Dumas, embrasse les années de bagne et une spectaculaire évasion. Il suit ensuite à Paris la reconversion de Vidocq en marchand drapier, ses amours avec la belle Annette (Freya Mavor), sa dénonciation et ses conversions sous pourparlers avec le perfide ministre de la police Joseph Fouché (Luchini).

Enflammer les esprits

Vincent Cassel, qui prit quinze kilos pour avoir le physique de l’emploi, trouve le destin de Vidocq captivant : « Les personnages avec des zones d’ombre me fascinent, pleins d’ambiguïtés, de paradoxes, de contradictions avec des moments de solitude absolue. Celui-ci est passé de l’homme le plus recherché de France à chef de la police. Les plus grands auteurs, dont Balzac et Victor Hugo, ont évoqué son personnage à travers ceux de Vautrin et de Jean Valjean. Il faisait rêver les gens par sa liberté. On ne s’échappe pas autant de fois du bagne sans enflammer les esprits. Vidocq a eu le courage de ne pas accepter sa destinée. »

L’acteur, très demandé outre-frontière, aime, entre deux plateaux étrangers, se retrouver dans ses pénates à Paris pour des films pur Hexagone.

Il rappelle que Vidocq n’a jamais été au bagne pour meurtre. Le cinéaste et son interprète refusent d’ailleurs le qualificatif de balance pour cet ancien bandit devenu indicateur de police qui fonda ensuite la première agence de détectives privés.

« L’empereur de Paris porte sur l’aventure, la manipulation et le pouvoir, précise Vincent Cassel. C’est un film français épique et ambitieux. On peut encore faire ça en France. Pas juste des comédies. » Le cinéma français avait célébré d’autres brigands célèbres tels le Cartouche de Philippe de Broca en 1962. « Mais ça correspondait à une époque plus légère, évoque le cinéaste. J’aime le principe du retour aux sources, alors que le personnage se bat pour sa vie. »

Aux yeux de Vincent Cassel, les techniques modernes permettent de pousser le réalisme. « Il est désormais possible de montrer Paris comme il était à l’époque. Avant, on ne possédait pas les outils pour y parvenir. »

Jean-François Richet, qui aurait pu planter son plateau à Prague à meilleur coût, a fait le choix du tournage dans une base aérienne en Île-de-France pour des raisons patriotiques, histoire de faire travailler des artisans du pays. Il raconte avoir reconstruit en dur les rues de Paris de 1809, jusqu’aux pavés du temps en se basant sur de vrais plans d’époque. « Le canal de la Bièvre (rivière disparue dans la capitale française), les ouvriers, les tanneurs, tout a été recréé à l’authentique. »

Cet entretien a été effectué à Paris à l’invitation des Rendez-Vous d’UniFrance.

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