Des chevaux et des hommes

Le comédien belge Matthias Schoenaerts campe le personnage de Roman, un détenu emprisonné depuis douze ans dans un pénitencier du Nevada, aux États-Unis.
Photo: Focus Features Films Le comédien belge Matthias Schoenaerts campe le personnage de Roman, un détenu emprisonné depuis douze ans dans un pénitencier du Nevada, aux États-Unis.

L’univers de la prison, sa privation de tendresse, sa violence et ses mille trafics, fascine. La jeune cinéaste Laure de Clermont-Tonnerre y replonge avec son film The Mustang, qui se déroule dans une prison du Nevada. Roman (Matthias Schoenaerts), le personnage principal, un détenu emprisonné depuis douze ans, est intégré dans un programme de dressage de chevaux sauvages. Et c’est en apprivoisant cet animal, farouche et dangereux, qu’il parvient à entrer en contact avec ses émotions.

Laure de Clermont-Tonnerre signe ici un beau film où l’humanité est, paradoxalement, incarnée par l’animal dans ce monde d’hommes où l’empathie est rare. Et ce sont les chevaux qui accompagnent le spectateur tout au long de l’histoire. Au départ, Roman fuit le contact avec sa fille, enceinte, qui vient le visiter. Progressivement, il arrivera à parler avec elle de la violence subite qui a plongé sa femme, mère de la jeune fille, dans un état végétatif permanent.

Le film est inspiré de faits réels. Il existe bien aux États-Unis un programme de dressage de chevaux sauvages par des détenus. Ces animaux sont appelés des Mustangs. Ce sont des descendants de chevaux jadis apprivoisés et apportés en Amérique par les conquérants espagnols. Les statistiques confirment d’ailleurs que les détenus inscrits à ce programme courent moins de risques de récidiver que les autres.

La métaphore est puissante : des détenus ayant tué, mutilé, agressé, se retrouvent à devoir apprivoiser la partie sauvage d’eux-mêmes. « Tu ne pourras pas contrôler le cheval si tu ne te contrôles pas toi-même », dit un codétenu à Roman. Une scène de thérapie dans laquelle une intervenante demande à chacun des détenus en combien de temps ils sont passés de l’idée à l’acte pour lequel ils sont emprisonnés est particulièrement probante. Leurs réponses sont éloquentes : quelques secondes tout au plus. Quelques secondes d’une violence incontrôlée qui leur auront coûté des décennies de prison. Cette scène aurait pu porter encore plus, n’eût été le jeu un peu trop retenu de Matthias Schoenaerts en homme coupé du monde.

On retiendra surtout la lumière blonde du soleil sur les chevaux sauvages, et la musique subtile de Jed Kurzel qui coule sur le film. Cette douceur contraste avec la violence sans pitié qui règne dans la prison. Tout comme la liberté originelle de ces chevaux et l’univers carcéral archicontrôlé des détenus.

« Il y a des chevaux que l’on arrive à casser, et d’autres qu’on n’arrive pas à casser », dit le responsable du programme de réhabilitation à Roman. Il y a aussi des détenus qui ne sortiront jamais de prison. On comprend que Roman en fait peut-être partie.

En regardant The Mustang, on ne peut s’empêcher de penser à À l’ombre de Shawshank (The Shawshank Redemption), chef-d’oeuvre du genre, qui continue de trôner dans les palmarès des meilleurs films des dernières décennies. À ses côtés, The Mustang apparaît davantage comme un beau film. Le thème à la symbolique forte dont il s’inspire, soit celui de l’apprivoisement de chevaux sauvages par des détenus, donne à l’ensemble une certaine dimension romantique qui masque un peu la dureté de l’intrigue.

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The Mustang

★★★ 1/2

Drame de Laure de Clermont-Tonnerre. Avec Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern. États-Unis, France, Belgique, 2019, 96 minutes.