«The Aftermath»: les ruines d’une romance

Le film se déroule dans la ville allemande de Hambourg, ravagée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.
Photo: Twentieth Century Fox Film Corporation Le film se déroule dans la ville allemande de Hambourg, ravagée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

Testament of Youth, première incursion au cinéma du réalisateur anglais James Kent, donnait à voir de grandes promesses, un souci du détail et une habileté certaine à diriger des acteurs — même si une figure comme Alicia Vikander constitue un immense atout.

De grandes espérances, il était légitime d’en cultiver devant The Aftermath, cette relecture d’un roman à saveur biographique de Rhidian Brook, adapté à quatre mains par Joe Shrapel et Anna Waterhouse. On y retrouve la même propension de Kent à l’élégance, cette fois avec la présence de vedettes destinées à rehausser l’éclat de cette romance sur fond de ruines fumantes, de défaites humiliantes et de deuils.

Car tout cela constitue l’horrible décor de Hambourg peu de temps après la défaite, l’Allemagne étant à genou au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Dans ce paysage de fin du monde débarque, visiblement contrainte, Rachael (Keira Knightley), venue rejoindre son mari, le colonel Lewis Morgan (Jason Clarke), d’allure austère mais d’une grande compassion à l’égard des ennemis d’autrefois. Conformément à son rang et à ses responsabilités, le colonel s’installe avec Rachael dans la somptueuse résidence de Stephen (Alexander Skarsgard), un architecte affligé depuis la mort de sa conjointe, forcé d’occuper le grenier avec sa fille adolescente.

Photo: Twentieth Century Fox Film Corporation Les acteurs Keira Knightley et Alexander Skarsgard revêtent les rôles de Rachael et Stephen, respectivement.

Rachael affiche d’emblée une attitude froide et hautaine, et pas seulement qu’envers l’ennemi. Elle aussi endeuillée par la mort tragique de son fils unique, croyant Morgan insensible à la situation et à sa détresse, il apparaissait inévitable que la seule personne capable de la comprendre dans cette demeure digne d’un film d’Alfred Hitchcock soit leur hôte à l’anglais irréprochable. Dont l’allure athlétique ne laisse guère deviner les privations des années de guerre…

Le charme évident du tandem Knightley-Skarsgard constitue à la fois la principale attraction et le principal problème de ce film au classicisme irréprochable. Souvent seuls dans ce château au milieu d’un hiver sans fin, et d’une misère tout aussi immuable, les deux personnages suivent une trajectoire amoureuse qui ne surprend personne, et qui ne suscite aucun frisson tant rien n’émane de cette liaison supposément dangereuse. Car oui, la Londonienne au coeur brisé après les ravages du funeste blitz de septembre 1940 pactise avec un Allemand clamant haut et fort son dégoût du nazisme, mais leurs tourments intérieurs apparaissent le plus souvent décoratifs.

D’autres films semblent ironiquement vouloir émerger dans The Aftermath, à commencer par celui entourant le quotidien des vaincus, évoluant au milieu des décombres avec l’espoir de retrouver une fierté écorchée, mise à mal par des hauts gradés anglais un peu sadiques, déterminés à prendre leur revanche. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’émerge timidement la figure du colonel Morgan, mais dont les dilemmes moraux, le sens de la justice de même qu’un refus obstiné d’afficher sa tristesse de père blessé en font le personnage le plus nuancé. Or, ce n’est pas vraiment à lui que s’intéresse James Kent, tout entier dévoué au ballet de ce couple interdit dans un décor soigné, des musiques qui le sont tout autant (signées Martin Phipps), et enveloppé d’éclairages vaporeux.

Cette qualité anglaise n’est jamais dépourvue de charme, mais dans The Aftermath, elle s’approche dangereusement du musée de cire, rarement le lieu des amours torrides.

The Aftermath

★★ 1/2

Drame de James Kent. Avec Keira Knightley, Jason Clarke, Alexander Skarsgard, Kate Phillips. Grande-Bretagne–Allemagne, 2019, 108 minutes.