«Sauver ou périr»: une douleur soignée

Rien n’étonne ni ne surprend dans ce récit bien intentionné dont on ne doute jamais du dénouement heureux, même au plus noir du désespoir du protagoniste.
Photo: AZ Films Rien n’étonne ni ne surprend dans ce récit bien intentionné dont on ne doute jamais du dénouement heureux, même au plus noir du désespoir du protagoniste.

Franck est sapeur-pompier à Paris depuis l’âge de 19 ans. Cécile, sa conjointe institutrice, attend des jumelles. Ensemble, ils habitent la caserne : une sorte de microsociété dans la cité, avec ses rituels, ses sirènes… « Sauver ou périr », c’est la devise des sapeurs, en laquelle Franck a toujours cru, profondément. Seulement voilà, une fois qu’il est confronté à la réalité de sa paternité, une nouvelle conviction se fait jour en lui : il n’a désormais plus le droit de mourir. Or, par une cruelle ironie du sort, Franck est grièvement brûlé peu après, non sans avoir, justement, sauvé des flammes ses coéquipiers. Défiguré, son corps désormais devenu une plaie douloureuse, Franck aurait, oui, préféré périr.

Dans le film Sauver ou périr, Frédéric Tellier relate le parcours du combattant de Franck. Cela, entre émotions et conventions. Car malgré la charge émotionnelle indéniable que charrie le sujet, rien n’étonne ni ne surprend dans ce récit bien intentionné dont on ne doute jamais du dénouement heureux, même au plus noir du désespoir du protagoniste. Trois blocs se succèdent sur un enchaînement à harmonie variable.

Le premier établit Franck dans sa vie personnelle et professionnelle, avec instants de grâce matrimoniaux et entraînement rigoureux (plans « calendrier de pompiers » de la vedette Pierre Niney torse nu, hyper musclé, y compris).

Le second détaille les lendemains de l’accident, volet campé dans l’aile des grands brûlés. On y suit les progrès de Franck en réadaptation, alors que ses bandages diminuent en superficie et en épaisseur, que son visage irrémédiablement changéreparaît… Dépressif, Franck repousse son monde.

Arrive la dernière partie, ou le difficile retour auprès de Cécile, qui a tout donné, et même plus… Franck apprivoisera-t-il sa nouvelle condition et, ce faisant, pourra-t-il reconquérir Cécile ?

On le laissait entendre d’office : l’issue de ce drame « inspiré par des faits réels », expression à prendre au sens très large, ne fait jamais de doute. Les passages touchants, et le film n’en manque pas, on le précise, tendent eux aussi à se manifester exactement là où on les attend.

Vision esthétisante

Comme à son habitude, Pierre Niney (Yves Saint-Laurent, Frantz) offre une interprétation très habitée, très physique, sans toujours parvenir cette fois à faire oublier qu’il s’agit de cela, d’une interprétation. À la décharge du doué comédien, ses efforts sont contrecarrés par des dialogues parfois ampoulés et, surtout, par les choix de mise en scène discutables de Frédéric Tellier, qui ne résiste pas à la tentation de « l’esthétisation » dans sa manière de filmer l’acteur après la tragédie, une lumière volontiers vaporeuse s’invitant dans des plans trop souvent plus jolis que justes. En deux occasions, le réalisateur traque les larmes qui roulent sous la surface translucide d’un des masques thérapeutiques de Franck : concentré sur l’effet, on perd la vérité qu’essaie de transmettre Niney.

Anaïs Demoustier (Bird People, Une nouvelle amie) a fort à faire également, impartie qu’elle est d’un rôle transparent auquel elle réussit par quelque miracle à donner de la substance : une scène avec un docteur où Cécile exprime son désarroi constitue le seul moment où le scénario s’intéresse à elle. En meilleur ami sapeur ayant lui-même vécu un grave accident, l’excellent Vincent Rottiers (Je suis heureux que ma mère soit vivante, Avant l’aube) fait regretter quant à lui qu’on ne le voie pas dans davantage de premiers rôles.

Au moins le film a-t-il l’honnêteté de s’assumer comme mélo calibré pour faire pleurer.

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Sauver ou périr

★★ 1/2

Drame de Frédéric Tellier. Avec Pierre Niney, Anaïs Demoustier, Vincent Rottiers, Chloé Stefani. France, 2019, 116 minutes.