«Débauche à Miami»: êtes-vous choqués?

Le jeu dénué d’affectation de Snoop Dogg offre un contraste révélateur avec celui, hyperposeur, de la star Matthew McConaughey.
Photo: VVS Films Le jeu dénué d’affectation de Snoop Dogg offre un contraste révélateur avec celui, hyperposeur, de la star Matthew McConaughey.

Vers la fin de Débauche à Miami, un personnage confie, l’air contenté : « Tu sais ce qui me plaît dans le fait d’avoir de l’argent ? Je peux être horrible avec les gens et ils n’ont pas le choix d’encaisser. » C’est sans doute inconscient de la part du cinéaste Harmony Korine, mais la même logique semble guider son nouvel opus : vous savez ce qui me plaît dans le fait d’être un auteur ? Je peux montrer des horreurs aux gens et ils n’ont pas le choix de regarder, pour paraphraser. Quoiqu’au terme « horreurs » on préférera le plus pertinent « inepties », tant le film ne s’avère qu’un amas de séquences où le réalisateur de Spring Breakers essaie encore désespérément d’être offensant.

The Beach Bum,de son titre original, conte les frasques de Moondog, cousin spirituel du Dude de The Big Lebowski, la fantaisie en moins. Car l’univers dans lequel Moondog évolue, malgré un voile permanent de pot, de coke et d’alcool, est réaliste, Korine faisant à nouveau interagir vedettes hollywoodiennes et « vrai monde ». L’action se déroule en Floride, dans les Keys, fief de Moondog, viveur notoire et poète remarqué naguère.

Pour le compte, Moondog a tout loisir de mener comme il l’entend son existence bohème puisque Minnie, sa femme riche à millions, lui verse une généreuse allocation. Elle dans sa villa, lui sur son bateau baptisé Bien membré (voyez le niveau), ils tirent le maximum de leur union ouverte. Pour l’anecdote, la trop vite évincée Minnie, grâce à l’interprétation irrésistible d’Isla Fisher, est de loin la figure la plus intéressante au sein d’une galerie de personnages à l’excentricité forcée.

C’est certainement le cas du protagoniste, pour lequel Matthew McConaughey sort le grand jeu — littéralement. À l’image de Moondog se regardant avec satisfaction lors d’une lecture publique captée des années auparavant, McConaughey donne souvent l’impression de se mirer dans le « génie » de son interprétation. Laquelle n’en paraît que plus empruntée.

Surenchère puérile

Aussi relâchée que la dégaine de Moondog, la trame cumule les moments pseudo-transgressifs, signature d’un cinéaste devenu une caricature de lui-même. « Êtes-vous choqués ? Non ? Et maintenant ? Et là ? Et si je vous montre la bizoune de ma vedette pendant qu’il urine, l’êtes-vous ? » On se demande ce qui est le plus puéril : cette surenchère creuse, la fixation génitale ambiante ou l’étalage gratuit de nudité féminine. À ce propos, Korine s’avère par moments surtout préoccupé de caser le plus de seins possible dans son cadre. C’est manifeste lors des passages avec Snoop Dogg, dont le jeu dénué d’affectation offre un contraste révélateur avec celui, hyperposeur, de la star.

Les autres rôles secondaires, on l’évoquait, se résument à des caricatures grossièrement esquissées : l’agent littéraire campé par Jonah Hill, qu’on croirait égaré dans une version trash de Tennessee Williams, est représentatif de cela. Ah, et il y a un chaton plaqué pour faire mignon, un pilote d’avion aveugle et un requin numérique piètrement exécuté. Du gros n’importe quoi. Bref, on n’est pas choqués : on s’emmerde.

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Débauche à Miami (V.O.A., s.-t.f. de The Beach Bum)

Comédie d’Harmony Korine. Avec Matthew McConaughey, Snoop Dogg, Isla Fisher, Stefania LaVie Owen, Jonah Hill, Zac Efron, Martin Lawrence. États-Unis, 2019, 95 minutes.