Un «Dumbo» nouveau qui bat de l’aile

Certes, l’essence du classique de 1941, qui a charmé des générations d’enfants, se retrouve dans cette mouture, mais cette fantaisie burtonesque manque cruellement de magie.
Photo: Walt Disney Pictures Canada Certes, l’essence du classique de 1941, qui a charmé des générations d’enfants, se retrouve dans cette mouture, mais cette fantaisie burtonesque manque cruellement de magie.

Après Cendrillon, La Belle et la Bête et bientôt Aladdin, c’est au tour du dessin animé Dumbo l’éléphant volant de faire l’objet d’une adaptation en prises de vue réelles. Et pour l’occasion, les studios Disney ont fait appel à Tim Burton, celui-là même qui avait signé une version sous acide d’Alice au pays des merveilles.

Sur papier, l’idée de confier le mignon pachyderme, sorti de l’imaginaire de l’auteure Helen Aberson et de l’illustrateur Harold Pearl en 1939, au père d’Edward aux mains d’argent et autres adorables marginaux allait de soi. À l’écran, il semble toutefois que la puissante machine Disney ait pulvérisé la furieuse fantaisie et l’élégance gothique de l’excentrique cinéaste. Même la musique de son fidèle acolyte Danny Elfman a quelque peu perdu de sa grâce. Et que dire de la reprise, au générique de fin, de la berceuse Baby Mine par Arcade Fire, sinon qu’elle laisse perplexe ?

Aller voir Dumbo ou pas? 
 

 

Certes, l’essence du classique de 1941, qui a charmé des générations d’enfants, se retrouve dans cette version aux forts accents mélos écrite par Ehren Kruger (qui a notamment trois scénarios de Transformers au compteur). Alors que l’original durait à peine plus d’une heure, le Dumbo nouveau dure près de deux heures. Étrangement, on n’a guère l’impression que cette nouvelle version, campée peu après la Grande Guerre, en raconte davantage.

Afin d’étoffer le récit du petit éléphant qui cherche sa maman, on a fait disparaître les animaux parlants au profit d’une pléthore de personnages humains colorés mais peu explorés, dont certains se résument à de vagues silhouettes errant dans le modeste cirque ambulant de Max Medici (truculent Danny DeVito) où naît Dumbo, craquante créature de synthèse aux yeux attendrissants.

Quant à la souris Timothée, celle qui découvrait le don de voler de l’éléphanteau aux grandes oreilles, elle a été remplacée par deux enfants trop sages pour être réellement attachants, Milly (Nico Parker) et Joe (Finley Hobbins), dont le père, l’ex-écuyer vedette du cirque Holt Farrier (Colin Farrell, beige de chez beige), est revenu estropié des tranchées. Flanqué de l’acrobate Colette Marchant (aérienne Eva Green), le propriétaire d’un parc d’attractions V.A. Vandevere (flamboyant Michael Keaton), flairant la bonne affaire, voudra bientôt s’emparer de la nouvelle vedette volante du cirque Medici.

Photo: Walt Disney Pictures Canada Le Dumbo de cette nouvelle mouture, une craquante créature de synthèse aux yeux attendrissants

Tandis que Tim Burton, soutenu par une stupéfiante direction artistique, des effets spéciaux soignés et le talent de ses acteurs fétiches, orchestre de jolis numéros de cirque inspirés et pimente le tout d’irrésistibles clins d’œil à l’original, dont l’hallucinée scène des éléphants roses, Ehren Kruger joue les moralisateurs. Pas de doute, on est bien chez Disney.

Passent en vrac des leçons sur la famille, sur l’éducation et sur l’inclusion. Afin d’être au goût du jour, le scénariste y va d’une touche féministe à travers le personnage de Milly, qui veut devenir une scientifique comme Marie Curie, et se fait le protecteur des animaux en montrant du doigt la cruauté des zoos et des cirques. Il y ira même d’une dénonciation des ravages du capitalisme sauvage. Or, son insistance pataude et son manque de subtilité ne font que plomber cette fantaisie burtonesque qui manque cruellement de magie.

Dumbo

★★★

Comédie fantaisiste de Tim Burton. Avec Colin Farrell, Nico Parler, Finley Hobbins, Michael Keaton, Danny DeVito et Eva Green. États-Unis, 2019, 112 minutes.