«Black Indians»: histoire d’un métissage d’Amérique

Le Mardis gras autochtone que nous dépeint «Black Indians» s’est installé à La Nouvelle-Orléans depuis quatre générations, en marge du Mardi gras officiel, autrefois réservé aux seuls Blancs.
Photo: Festival international du film sur l'art Le Mardis gras autochtone que nous dépeint «Black Indians» s’est installé à La Nouvelle-Orléans depuis quatre générations, en marge du Mardi gras officiel, autrefois réservé aux seuls Blancs.

La Nouvelle-Orléans a une longue histoire de tensions raciales et de métissages improbables. Le Mardi gras autochtone, qui se déploie chaque année dans ses quartiers, en est une manifestation étonnante. Ce défilé, qui se déroule en marge du Mardi gras officiel, autrefois réservé aux Blancs, se perpétue depuis quatre générations de Noirs autochtones. C’est le sujet du film Black Indians, présenté au Festival international des films sur l’art, réalisé par Jo Béranger, Hughes Poulain et Édith Patrouilleau. Les participants à ce défilé sont porteurs d’un double héritage, à la fois autochtone et afro-américain.

Au temps de l’esclavage, les bayous de la Louisiane offraient un lieu d’évasion possible pour les fugitifs. Là, il arrivait que ces derniers soient accueillis par des membres des Premières Nations de la Louisiane et trouvent refuge dans ces communautés. Certains y sont restés toute leur vie, adoptant de grands pans de la culture amérindienne.

Ce sont ces ancêtres que les Noirs autochtones de La Nouvelle-Orléans célèbrent, année après année, en fabuleux costumes d’apparat brodés porteurs de symboles des premières nations. « C’est une façon d’exprimer notre gratitude envers les Amérindiens qui nous ont adoptés », dit une des participantes au défilé. On marque aussi une proximité sociale entre ces cultures, toutes deux opprimées. On partage donc des symboles amérindiens, comme le tabac, le bison blanc. Plusieurs participants au défilé se considèrent comme des chefs autochtones et disent appartenir à plus de 30 nations autochtones différentes. D’autres jouent le rôle d’hommes-médecine, de reine de la pipe sacrée, ou d’autres personnages typiques de la culture autochtone.

Enjeux du métissage

À travers différents acteurs du défilé, on découvre certains enjeux du métissage. On aurait par ailleurs apprécié davantage d’informations sur la présence amérindienne en Louisiane. Un intervenant soulève par exemple que des Noirs auraient été présents en Amérique avant l’arrivée de Colomb…

Reste que certains autochtones ont également réduit des Noirs en esclavage, note-t-on aussi dans cette réalisation. Le film suit donc les préparatifs de cette fête en faisant partager aux participants leur attachement à la culture amérindienne. Dans La Nouvelle-Orléans qui porte encore les stigmates de l’esclavage, pouvoir défiler en costume d’apparat dans les rues sans se faire arrêter par la police a quelque chose de libérateur. On parle, en cours de route, de l’oppression qui a suivi l’esclavage, de la présence excessive de Noirs en prison, condamnés pour des délits mineurs alors qu’ils n’ont pas d’argent pour payer la caution de leur libération. L’un d’eux va jusqu’à dire qu’au moins, au temps de l’esclavage, les Noirs avaient une valeur marchande.

Black Indians explore donc un aspect inusité de la vie américaine et de La Nouvelle-Orléans en particulier. Ceux qui s’y intéressent suivront avec attention la mise en contexte et les préparatifs du Mardi gras autochtones. Les costumes, fruits de longs mois de travail, parfois même confectionnés par plusieurs générations de Black Indians, sont impressionnants.

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Black Indians

Un film de Jo Béranger, Hughes Poulain et Édith Patrouilleau. France, 2018, 91 minutes. Au FIFA, samedi, 12 h 30, Concordia – J.A. de Sève, LB-125, pavillon J. W. McConnell, et le vendredi 29 mars à 12 h 30 au Cinéma Quartier latin.