«Amanda»: dans la lumière du Paris post-attentat

Vincent Lacoste sert à merveille le rôle de David, appuyé avec aplomb par la petite Isaure Multrier.
Photo: MK2 Mile End Vincent Lacoste sert à merveille le rôle de David, appuyé avec aplomb par la petite Isaure Multrier.
La finesse du cinéaste français Mikhaël Hers (Ce sentiment de l’été) atteint son paroxysme dans cette fable lumineuse et poignante sur la perte, la paternité, la responsabilité humaine.

Amanda, tragédie accrochée au train fou des fureurs terroristes, avance sur un fil de lumière en refusant la charge du pathos. Son scénario de grâce aborde les beaux lendemains névralgiques avec un doigté exceptionnel sur une mise en scène de maîtrise et de pudeur.

Vincent Lacoste (Les beaux gosses, Plaire, aimer et courir vite) tient ici son meilleur rôle en David, jeune Parisien léger, irresponsable et charmant forcé par la mort de sa sœur lors d’un attentat terroriste de se transformer pour accueillir sa nièce de sept ans Amanda (formidable Isaure Multrier) et devenir adulte en mariant leurs blessures.

En fond de décor, la ville de Paris post-attentats, avec les policiers omniprésents et la perte d’innocence collective, filmée avec une tendresse attentive par Sébastien Buchmann. Ce souci du détail est mis également au service des personnages, captés patiemment au quotidien par petites touches d’intimité sur musique légère et insolite d’Anton Sanko.

Les parcs, les arbres, le vélo du héros en traversée de métropole, la lumière chaude, les liens délicats et amusés qu’entretiennent frère, sœur et nièce deviennent les préludes à une catastrophe filmée après coup, qui change tout, en gardant néanmoins les protagonistes en selle par-delà la tempête.

Ce quelque chose d’un peu maladroit et d’enfantin avec ligne de fracture dégagé par Vincent Lacoste sert à merveille le rôle de David, appuyé avec aplomb par la petite Isaure Multrier (premier rôle de sa vie et certainement pas le dernier), à la maturité et au naturel désarmants, qui après la mort de sa mère adorée soutient son oncle dont elle sent la fragilité.

Stacey Martin (Le redoutable), dans le rôle de l’amoureuse bouleversée, ouvre une fenêtre chancelante de possibilité d’amour tandis que Greta Scacchi (Jefferson in Paris, Le violon rouge), en mère de David à la fois volage et touchante, expose toute l’insoutenable légèreté de l’être dont son fils a hérité.

Si la dernière partie à Londres paraît un peu plus lourde que le corps du film, le dénouement de lumière et d’espoir por té par le personnage rayonnant d’Amanda est un cri de résilience qui résonne dans la nuit.

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Amanda

★★★★

Drame de Mikhaël Hers. Avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacey Martin, Ophelia Kolb, Greta Scacchi. France, 2019, 107minutes.