À voir au FIFA: l’art d’expliquer l’art

«John Heward: Words and Silence» de Mario Côté
Photo: FIFA «John Heward: Words and Silence» de Mario Côté

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«Max in Space – 12 Conversations with the Artist Max Dean» Pierre Tremblay, Canada, 2018, à l’Agora Hydro-Québec, pavillon Cœur des sciences, vendredi 22 mars, 15h

Plusieurs des créations de Max Dean font maintenant partie de l’histoire de l’art canadienne. Il est en ainsi de sa Robotic Chair (1986-2006)— réalisée en collaboration avec Raffaello D’Andrea et Matt Donovan —, oeuvre exceptionnelle donnant à voir une chaise-automate qui arrive à se reconstruire, presque par magie, après s’être elle-même « démembrée »… Il en est ainsi aussi de As Yet Untitled (1992-1995), machine qui détruit, déchiquette systématiquement en fines lamelles des photographies de famille si le spectateur n’intervient pas pour les sauver… Mais nous pourrions aussi parler de sa Table (1984-2001),animée par une présence quasi humaine, ou tout au moins fantomatique, ainsi que de plusieurs de ses performances… C’est d’ailleurs un des apports importants de ce film que de revenir sur ce volet performatif moins connu de l’oeuvre de Dean. Son Drawing Event (1976) arrive bien avant les dessins contraints de Matthew Barney… Dans ce film, Dean se révèle comme étant un formidable narrateur de sa vie et de son oeuvre.

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«John Heward : Words and Silence» Mario Côté, Canada, 2019, au Centre canadien d’architecture, samedi 23 mars, 12h30, et au Cinéma Cineplex Odeon Quartier latin, mardi 26 mars, 17h30
 

Mort le 6 novembre 2018 à l’âge de 84 ans, John Heward a pu sembler incarner, avec grandeur, l’art abstrait. Les choses ne sont pas si simples. Ce court film permettra de saisir comment son oeuvre consacra avec intensité l’éclatement de la frontière entre art abstrait et art figuratif, opposition qui pourtant apparut si importante pendant une bonne partie du XXe siècle. Heward explique comment la peinture est toujours, d’une certaine manière, une forme d’autoportrait, genre qu’il ne refusa d’ailleurs pas de pratiquer concrètement. Il fut aussi un artiste multidisciplinaire qui fit autant de la peinture que de la sculpture, de la peinture-sculpture, de la sculpture-peinture, mais aussi de la photographie-performance sans public, type de création qui, selon ses propres mots, met en scène la tension créatrice… Et il fut aussi musicien. Il a en fait laissé une oeuvre totalement expérimentale. John Heward : Words and Silence est un document touchant, très intimiste, qui nous permet de revoir un artiste hors du commun… Un film réalisé avec la participation de Stéphane La Rue, qui mène un judicieux dialogue avec l’artiste autour d’idées et de mots-clés.

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«Degas : Passion for Perfection»

David Bickerstaff, Royaume-Uni, 2018, au MBAM, samedi 23 mars, 10h, et au Cinéma Cineplex Odeon Quartier latin, mercredi 27 mars, 17h30
 

Ce film a été réalisé en lien avec une rétrospective Edgar Degas au Fitzwilliam Museum à Cambridge, en Grande-Bretagne, en 2017-2018. La collection impressionnante d’oeuvres du peintre français dans ce musée a permis de réaliser une présentation d’envergure sur son art. Malgré un titre d’expo et de film qui pourrait sembler plutôt banal, Degas : Passion for Perfection de David Bickerstaff est un documentaire qui se révèle passionnant, entre autres grâce à la participation de plusieurs spécialistes de l’oeuvre du maître ainsi qu’à une documentation étoffée, dont bien des lettres. Ce film souligne combien son art est en fait à l’opposé de la spontanéité que l’on associe généralement au travail du « peintre impressionniste », expression que Degas n’aimait pas, lui préférant celle de « peintre indépendant ». Ce film insiste sur le fait que son association avec le travail des « impressionnistes » se révéla en effet de l’ordre du positionnement stratégique dans le domaine des avant-gardes plutôt que d’une réelle communauté esthétique. Vollard raconte que Degas aurait dit de Monet : « Ces tableaux ont toujours été trop exposés au courant d’air pour moi. Un peu plus et j’aurais été obligé de relever mon col de manteau »…

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«Munch in Hell» Stig Andersen, Norvège, 2018, au Centre canadien d’architecture, samedi 23 mars, 20h et au Cinéma Cineplex Odeon Quartier latin, mercredi 27 mars, 17h30
 

On croyait connaître le peintre Munch. Une expo récente, en 2017-2018, au Met Breuer à New York permit entre autres de découvrir la formidable production de cet artiste à la fin de sa vie. Le film Munch in Hell, réalisé par Stig Andersen, aidera à mieux comprendre le contexte de production de son oeuvre, et ce, même s’il insiste vraiment trop sur la correspondance entre la vie de l’artiste et son oeuvre, en ne traitant pas assez de peinture et d’art. On y verra notamment comment les autorités norvégiennes démolirent sa maison ainsi que deux de ses ateliers et se traînèrent les pieds avant d’enfin construire un musée Munch digne de ce nom… Nul n’est prophète en son pays ? La culture des autres est-elle toujours plus importante ?

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