Festival Regard: l’éternité et un court

De gauche à droite: Jean Hamel, Marco de Blois, Élise Labbé et Alexandre Dostie
Photo: Tom Core De gauche à droite: Jean Hamel, Marco de Blois, Élise Labbé et Alexandre Dostie

En cinéma, le format court, à l’instar de la nouvelle en littérature, est un art en soi. Les trésors n’y sont pas rares, ce qu’un festival comme Regard prouve année après année. Mais justement, si l’on n’a pas la chance d’assister à ce type d’événement, comment les voir ? En d’autres mots, y a-t-il une vie, et le cas échéant, laquelle, pour le court métrage par-delà le circuit festivalier ? La question se trouvait au coeur de l’atelier « Mémoire courte : le court et sa longévité ».

Animée par Jean Hamel, de l’INIS, la discussion réunissait Élise Labbé, chef festivals et développement d’auditoires à l’ONF, Alexandre Dostie, artiste pluridisciplinaire (le magnifique court Mutant, c’est lui) et directeur de la distribution chez Travelling, ainsi que Marco de Blois, programmateur-conservateur, cinéma, télévision et nouveaux médias, volet animation, à la Cinémathèque.

D’office, Jean Hamel a posé l’enjeu en ces termes : « A-t-on un problème de longévité du court métrage au Québec, au Canada ? »

Alexandre Dostie ne le croit pas. « Techniquement, les courts métrages sont désormais éternels. La problématique se pose davantage du côté de la conservation du contenu. C’est un peu le portail vers cette “éternité” des oeuvres courtes. »

Élise Labbé a renchéri en rappelant que les courts sont pour la plupart tous disponibles en ligne : « L’accessibilité est là, mais comment trouver les films ? L’enjeu est là. »

De son côté, Marco de Blois s’est dit préoccupé par toute la production indépendante sur pellicule produite avant l’ère numérique. « On s’y attarde en la restaurant, mais il reste que ces films-là sont plus difficiles à voir. Donc, pas d’inquiétude quant à leur conservation, mais pour leur diffusion, c’est un défi. »

Festivals incontournables

Le festival, il appert, est une étape encore plus importante pour le court que pour le long : il fut un temps où pour plusieurs courts métrages, l’existence commençait et se terminait sur ce circuit, faute de débouchés ensuite.

Heureusement, ce n’est plus le cas. Des cinémas tels le Beaubien en programment toute l’année, des chaînes de télévision en achètent… Quoique pour chaque film retenu, il s’agisse là d’une vitrine momentanée.

C’est l’avènement d’Internet, et avec lui de la multiplication des plateformes, qui a changé la donne pour le court en lui assurant en théorie une existence virtuelle infinie. Or, l’avenir du court ne passe pas que par là.

D’expliquer Élise Labbé, les institutions d’enseignement constituent un autre de ces « portails vers l’éternité » : « Le marché de l’éducation est important et permet de faire vivre des films pendant des décennies. »

Elle cite le court documentaire Beauty/Beautés, de Christina Willings, sur cinq enfants transgenres. Lancé en festival, le film se retrouve sur le site éducatif de l’ONF, mais est surtout vendu aux écoles, jusqu’en Allemagne…

Il n’empêche, on semblait s’entendre sur le fait que, à ce jour, le festival reste souvent le facteur le plus déterminent dans le cheminement d’un court : c’est d’abord là qu’il sera vu, repéré et courtisé, pour ensuite se déployer.

Interrogé sur la durée de vie moyenne d’un court en festival, Alexandre Dostie a répondu entre un an et deux ans et demi pour une rarissime « success story ». C’est, sans mauvais jeu de mots, bien court pour une vie.

Évolution et croissance

La bonne nouvelle, c’est que le nombre de festivals connaîtrait une croissance exponentielle. Du lot, quantité opèrent selon des thématiques spécifiques : droits de la personne, enjeux LGBTQ, sports, etc. Ici, on s’attarde moins à l’année de production qu’au sujet, ce qui permet à des films plus anciens de revivre.

Et puis, la notion même de festival évolue elle aussi, nombre de manifestations se déroulant exclusivement en ligne : prenez Plein(s) Écran(s). Qu’importe la forme du festival, Alexandre Dostie fait valoir qu’un distributeur continue de s’occuper de son catalogue ad vitam aeternam. À titre d’exemple, dans la foulée du succès de Chien de garde, l’un des premiers courts métrages de Sophie Dupuis, J’viendrai t’chercher (2007), a connu une popularité soudaine sur la chaîne YouTube de Travelling. Ce qui fut possible parce qu’à la base le distributeur s’est assuré que ledit court y était.

D’ailleurs, à propos de cette chaîne YouTube, on aura compris qu’il s’agit de l’une de ces plateformes dorénavant clés dans la pérennité des courts métrages. Vimeo en est une autre très connue, ou VUCAVU, et les volets courts de Tou.tv, d’Unis… L’ONF a bien sûr sa propre plateforme. Et il est des initiatives comme Prends ça court qui veillent à ce qu’on parle de court métrage l’année durant, la visibilité aidant à la longévité.

Bref, pour peu que l’on soit curieux, que l’on se renseigne ou que l’on cherche un brin, une quasi-infinité de courts métrages s’offre aux cinéphiles. Des gens passionnés y veillent.

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