«Le parc des merveilles»: montagnes douces

Avec ses cheveux courts en bataille, sa petite dent cassée et ses tenues non genrées, June offre de beaux moments de grâce portés par ses discours enfiévrés et ses projets fous.
Photo: Paramount Avec ses cheveux courts en bataille, sa petite dent cassée et ses tenues non genrées, June offre de beaux moments de grâce portés par ses discours enfiévrés et ses projets fous.

Gentille fable d’apprentissage, Le parc des merveilles fait étonnamment dans la simplicité de fond comme de forme. On est très loin de l’énergie survoltée du parc d’attractions traditionnel, ce dernier agissant plutôt comme une métaphore de l’état d’esprit de June, une fillette allumée dont le destin bascule lorsque sa mère tombe gravement malade. Pas de vilain à traquer ni de quête grandiloquente à accomplir, juste la vie, un brin de poésie et beaucoup, beaucoup de bonnes intentions.

Trop de bonnes intentions ? Sans doute. À l’instar de films comme Sens dessus dessous ou Quelques minutes après minuit,Le parc des merveilles joue d’onirisme pour aborder les tourments intérieurs d’enfants aux prises avec des angoisses qui les dépassent. Il n’a, hélas, ni la finesse du premier ni la complexité du second. Jouant tout du long sur une unique note enfantine, il prive les plus grands de sous-textes plus profonds tout en laissant les adultes en plan. Le message, si candide soit-il, n’en demeure pas moins empreint d’une fraîcheur plus que bienvenue dans ce monde où l’anxiété mine jusqu’aux plus jeunes.

Bricoleuse fantasque, June partage avec sa mère une passion dévorante pour Wonderland, un parc d’attractions dont elles imaginent ensemble les contours pour ensuite les décliner en dessins et en maquettes de plus en plus élaborés. S’y agite une faune de peluches animées qui auront chacune leur moment de gloire sans pour autant laisser de marque prégnante. Le personnage de June a heureusement plus de tessitures. Avec ses cheveux courts en bataille, sa petite dent cassée et ses tenues non genrées, June offre de beaux moments de grâce portés par ses discours enfiévrés et ses projets fous.

L’hospitalisation de sa mère tirera un trait sur ce joyeux foisonnement, jusqu’à l’annihiler. Trier, ranger, mettre des limites pour tout et pour rien, June bientôt s’isolera pour se protéger de l’orage qui fait rage. La descente est bien développée, sans artifice. La relation aux autres, notamment à son père, ses amis et son oncle et sa tante, est moins convaincante, chacun incarnant une seule posture (négation, inquiétude, désarroi, indifférence) sans y déroger.

C’est une marche forcée en forêt qui sortira la fillette de sa torpeur lorsqu’elle tombera sur la version grandeur nature de son Wonderland. Livré à des hordes de petits singes démoniaques qui s’affairent à le démanteler (incarnation attendrissante autant qu’inquiétante des angoisses qui la rongent), le parc est au surplus plombé par une tempête, allégorie peu subtile de la maladie qui noircit sa vie. Aidée de ses peluches, June fera en sorte que le parc retrouve sa superbe d’antan, renouant ainsi avec sa « petite lumière à l’intérieur » qui avait cessé de briller.

Ce dernier-né des studios de Paramount, réalisé en collaboration avec Nickelodeon et l’espagnol Ilion, présente des couleurs riches, mais pas clinquantes. Un discret filtre orangé ensoleille les moments d’exaltation créative et de complicité, tandis qu’un léger filtre bleuté installe une atmosphère marmoréenne lorsque la peur et la dépression s’abattent. C’est soigné et de bon goût, mais la recherche visuelle ne casse rien, se moulant dans des canevas convenus là où on aurait volontiers pris plus de libertés et d’extravagances. Gentil, donc, mais sans plus.

Le parc des merveilles (V.F. de Wonder Park)

★★★

Animation de David Feiss, Robert Iscove et Clare Kilner. Scénario de Josh Appelbaum, André Nemec et Robert Gordon. États-Unis–Espagne, 2019, 85 minutes.