Festival Filministes: quand la relève prépare la relève

«Les petites vagues», d’Ariane Louis-Seize (Québec)
Photo: Photos Festival Filministes «Les petites vagues», d’Ariane Louis-Seize (Québec)

Le Festival Filministes ? Malgré ce que le néologisme laisse entendre, c’est « un festival féministe de cinéma et non un festival de cinéma féministe. Il y a une nuance », explique Gabrielle Doré, une des cinq organisatrices bénévoles qui tiennent le jeune événement à bout de bras. Autrement dit ? Filministes est un festival de discussions et de réflexions sur les enjeux féministes, discussions déclenchées par le visionnage de films. Des films essentiellement (mais pas uniquement…) signés par des femmes —, ce qui permet à l’événement de joindre le geste concret à sa cause.

« Les films sont un bon moyen d’interpeller les gens parce que le cinéma est un art accessible. C’est aussi une bonne façon d’ouvrir la discussion plutôt que de faire simplement une conférence. Ça donne un point commun d’ancrage pour réfléchir ensuite ensemble », illustre Mme Doré.

La première édition, en 2018, a connu un succès qui a dépassé les attentes des organisatrices. Toutes les représentations ont affiché complet. Le public était alors principalement composé de jeunes étudiants, plusieurs venant de l’UQAM, l’alma mater des organisatrices, « et de jeunes militants. On a travaillé fort cette année pour aller chercher un autre public ».

Un festival féministe de cinéma et non un festival de cinéma féministe. Il y a une nuance.

C’est dans ce but qu’est né le volet jeunesse Filminis, pour les enfants à l’aube de l’adolescence, les 9 ans et plus. « On veut aller semer des idées féministes par le cinéma. Les jeunes sont le futur, ils seront la relève. On veut leur faire découvrir ces enjeux par un média qui les interpelle facilement. On veut les toucher directement : on va parler de puberté ou de sexualité en passant par l’animation, par exemple, plutôt que d’aborder des enjeux plus grands qu’eux », comme l’intersectionnalité, un concept plus difficile à appréhender. Ce qui n’empêche pas les programmatrices de le faire par la bande, comme en présentant Mahalia Melts in the Rain, une fiction de Carmine Pierre-Dufour et Emilie Mannering. Une ballerine, petit rat de l’Opéra, différente parce qu’aux cheveux crépus, se fait défriser pour la première fois afin de ressembler davantage à ses camarades de chaussons.

Photo: Photos Festival Filministes «Genderbende», de Sophie Dros (Pays-Bas)

Façons de faire

« On passe par des yeux d’enfants. On est d’avis qu’on peut parler de tout à tous s’il y a la manière et le vocabulaire. » Dans sa programmation régulière, celle pour adultes, Filministes propose normalement un bloc de courts métrages avant la discussion. « Avec les enfants, il faut en parler tout de suite, après chaque film. On recueille les réactions sur le moment. » Ils pourront ainsi voir, au fil de la journée du 10 mars, Naranja de Hanna Barrantes, sur la sexualisation du corps des femmes ; Enjambées de Noémie Brassard, sur la puberté ; Le clitoris, un documentaire animé de Lori Malépart-Traversy au thème évident, et Giovanni and the Water Ballet, que Le Devoir a pu visionner en primeur. Dans ce documentaire très efficace et touchant, le petit Giovanni, 10 ans, sue (pratiquement) sang et eau pour passer l’examen de nage synchronisée même si, à l’école, on se moque de lui, même si faire la split lui est quasi impossible, et même s’il ne pourra jamais participer au championnat du monde, son rêve, parce qu’il est un garçon.

Plusieurs de ces films sont sous-titrés en français, ce qui ne devrait pas être une entrave pour les jeunes yeux moins habitués, les scènes ne jouant pas d’ambiguïté. Chaque projection sera suivie d’une discussion animée par la drag queen Uma Gahd.

Les films sont un bon moyen d’interpeller les gens parce que le cinéma est un art accessible. C’est aussi une bonne façon d’ouvrir la discussion plutôt que de faire simplement une conférence. Ça donne un point commun d’ancrage pour réfléchir ensuite ensemble.

Jeunes engagées

« Je crois en la relève féministe, et je crois que ça passe aussi par l’éducation. Ça me tient à coeur que ces enjeux soient ouverts à tous et toutes », scande Gabrielle Doré. Un discours quasi détonnant : les organisatrices de Filministes — Soline Asselin, Coppélia La Roche-Francoeur, Maha Farah Elmir, Anne-Julie Beaudin et Mme Doré — sont encore jeunes. Elles ont, à vue de nez, entre 25 et 30 ans. Traditionnellement, l’intérêt pour la relève et la passation vient de têtes plus blanches.

« Moi, je travaille dans un cégep, je veux être enseignante, dévoile la porte-parole. La pédagogie et la façon d’intégrer le féminisme en classe sont des questions que je me pose. Mais je pense qu’avec mes collègues, on a senti un intérêt plus vivant. Est-ce que c’est à cause de la vague #MoiAussi ? Je ne sais pas. Mais les jeunes nous semblent de plus en plus militants. On le voit dans les manifestations pour l’environnement, par exemple. On sent un souffle d’activisme chez les jeunes, et on a voulu suivre ce courant. Est-ce de la candeur ou de l’optimisme ? On a l’impression qu’il y a un éveil chez les jeunes, on veut suivre cette mouvance, qui nous semble dans l’air du temps. »

Côté programmation adulte, la soirée d’ouverture, forcément le 8 mars, présentera trois métrages — un long et deux courts — traversés par des thèmes environnementaux et par l’écoféminisme.

Photo: Photos Festival Filministes «Rêverie», d’Anna-Lea Schmitt (Allemagne)

Festival Filministes

En divers lieux, du 8 au 11 mars