La vie dans les camps d’internement canadiens, décrite dans un projet de l'ONF

«À l’est des Rocheuses» fait revivre un sombre chapitre de l’histoire du Canada
Photo: ONF «À l’est des Rocheuses» fait revivre un sombre chapitre de l’histoire du Canada

Joy Kogawa est émue par le « miracle » de la technologie qui permet aux gens d’en apprendre davantage sur le passé raciste du Canada, qui a poussé des milliers de citoyens comme elle hors de chez eux et vers des camps d’internement pendant la Deuxième Guerre mondiale.

« C’est merveilleux pour moi que l’histoire que j’ai vécue puisse faire partie du savoir de cette génération », a déclaré l’écrivaine et poète de Toronto.

Mme Kogawa, qui est âgée de 83 ans, a relaté l’expérience d’internement de sa famille à Slocan, en Colombie-Britannique, et leur travail forcé dans une plantation de betteraves à sucre à Coaldale, en Alberta, dans son roman Obasan, publié en 1981.

Elle avait six ans en 1942 lorsque son frère aîné, Timothy, et leurs parents ont été dépouillés de leur propriété et de leurs biens. L’attaque de Pearl Harbor par le Japon a changé la vie de 22 000 Canadiens d’origine japonaise, dont la plupart étaient nés au Canada, mais étaient perçus comme une menace à la sécurité nationale. Leurs homologues américains ont également été internés, mais leurs maisons et leurs entreprises n’ont pas été confisquées ni vendues.

Mme Kogawa a écrit le scénario d’une expérience de réalité augmentée interactive appelée À l’est des Rocheuses, qui fait revivre un sombre chapitre de l’histoire du Canada grâce au récit d’une jeune fille de 17 ans, Yuki, qui est envoyée au camp où la famille de Mme Kogawa avait été envoyée.

Le projet, offert depuis le 1er mars sur l’App Store d’Apple, a été développé par l’agence de production numérique Jam3 et coproduit par l’Office national du film. Il permet aux utilisateurs de toucher, de glisser et de zoomer sur des objets dans le camp — tels que le lecteur de disques familial adoré de Yuki — et d’entendre la musique qu’ils écoutent dans leur espace restreint, qu’ils partagent avec une nouvelle mère, ses bébés jumeaux, ainsi que son grand-père.

Des photos d’archives d’autres familles japonaises, avec des détails sur les conditions qu’elles ont endurées, souvent après avoir été séparées, sont également accessibles grâce à l’application.

Dirk van Ginkel, directeur créatif de Jam3, a raconté que lui et son collègue de l’époque, Jason Legge, ont joué à des jeux vidéo sur PlayStation avec Mme Kogawa pour l’habituer à l’idée d’une technologie interactive.

« Au lieu de consommer le contenu de manière linéaire, vous êtes responsable de ce que vous regardez et de la façon dont vous le regardez », a expliqué M. van Ginkel.

Les traits du visage des personnages sont obscurcis parce que les détenus du camp n’étaient « pas perçus comme des humains », a-t-il ajouté.

Mme Kogawa affirme que la peur et le ressentiment dont elle a été témoin alors qu’elle était une enfant à l’apparence différente de la majorité ont alimenté de nombreuses souffrances. Mais elle est fière de la position actuelle du Canada en matière d’immigration, estimant que le pays est « porteur d’espoir ».

Anne Canute, la petite-fille de Mme Kogawa, âgée de 21 ans, assure la narration d’À l’est des Rocheuses, dans lequel son personnage raconte ses béguins adolescents tout en essayant de faire face à la perte de sa maison familiale à Vancouver. « Je me demande qui dort dans ma chambre. Qui a toutes nos affaires ? »

Mme Canute dit avoir grandi en écoutant les histoires de sa grand-mère au sujet de son enfance déracinée et des tensions raciales envers les Canadiens d’origine japonaise. Elle n’en a toutefois pas appris beaucoup sur ce pan de l’histoire jusqu’à ce qu’elle ait terminé le secondaire. Elle se disait qu’il s’agissait simplement d’une « chose bizarre » qu’avait vécue sa famille. « Je pense que la dispersion de la communauté et le manque d’occasions de pratiquer la culture ont eu un impact considérable sur ma grand-mère, ainsi que sur ma mère et moi-même », a confié Mme Canute, qui étudie notamment la migration asiatique et le développement de ces communautés au Canada à l’Université de la Colombie-Britannique.

Le site Web de l’Office national du film offre une trousse d’information téléchargeable gratuite en français et en anglais, inspirée d’À l’est des Rocheuses, pour les écoles secondaires. Elle comprend des leçons sur la vie dans les divers camps d’internement, le rapatriement et l’impact des politiques du Canada sur les générations futures.

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