Paul Barbeau, immortalité tardive

Antoine, 20 ans, travaille dans le restaurant du Vieux-Québec de sa mère. Il y a aussi Sarah, dont Antoine s’est épris, et Léa, la sœur de celle-ci, qui ne lui est pas indifférente.
Photo: Éva-Maude TC Fairmount Films Antoine, 20 ans, travaille dans le restaurant du Vieux-Québec de sa mère. Il y a aussi Sarah, dont Antoine s’est épris, et Léa, la sœur de celle-ci, qui ne lui est pas indifférente.

Antoine, 20 ans, travaille dans le restaurant du Vieux-Québec de sa mère. Cuisinier doué, il rêve de plus, de mieux, de cette grande école à Paris. Résolu à réussir tout seul, le voici donc embauché comme soudeur dans une petite ville en périphérie de Portneuf, avec pour but de mettre des sous de côté. Mais il y a son meilleur ami qui, depuis Montréal, lui enjoint de gagner la métropole avec promesse de succès. Et il y a surtout Sarah, dont Antoine s’est épris, et Léa, la sœur de celle-ci, qui ne lui est pas indifférente. Tellement de choix, si peu de certitudes…

Hésitant, Antoine ne réalise pas qu’il a la vie devant lui. Présenté aux Rendez-vous Québec cinéma, À nous l’éternité est l’œuvre d’un auteur, Paul Barbeau, qui s’est lui-même retrouvé à la croisée des chemins.

En effet, après s’être établi une solide réputation de producteur avec des films aussi variés que Jo pour Jonathan, de Maxime Giroux, Avant que mon cœur bascule, de Sébastien Rose, Autrui, de Micheline Lanctôt, ou encore Roméo Onze, d’Ivan Grbovic, Paul Barbeau est passé à la réalisation en 2012 avec Après la neige.

« C’est un film très “méta”, qui met en scène un producteur contraint de fermer sa boîte et qui entreprend de réaliser un film, une situation que je venais de vivre, mais ce n’est pas autobiographique pour autant. Je souhaitais surtout parler de l’importance de faire des films, du geste créateur. Mais mon jeu avec les codes a peut-être été mal perçu », hasarde Paul Barbeau, qui avoue avoir été échaudé.

De telle sorte que, pour ce second film, il a opté pour la pure fiction.

« Je désirais faire un film romantique contemporain, pour les adolescents, avec une profondeur, et sans clichés par rapport aux millénariaux. À la base, je savais que je voulais raconter le récit initiatique d’un jeune homme à qui s’offrent plein d’avenues. Et tranquillement, il y en a une qui s’impose davantage à lui. »

Immortaliser des moments

S’il explique avoir fait le genre de film qu’il aurait lui-même aimé voir à l’adolescence, Paul Barbeau précise n’en avoir pas moins puisé dans son expérience subséquente de parent pendant l’écriture.

« Antoine est sous-estimé et il se sous-estime. C’est que parfois, par amour et par volonté de protéger nos enfants, on leur impose un cadre trop réducteur par rapport à leur potentiel. »

Tout du long, Antoine prendra conscience des contours dudit cadre pour mieux, à terme, s’en affranchir, et enfin déterminer la direction qu’il entend donner à son existence. Or, fait étonnant, ce n’est pas le personnage d’Antoine qui a d’abord pris forme, mais celui de Léa, la sœur de Sarah qu’on devine amoureuse du premier.

« Il faut savoir que Léa Jaouich, qui joue Léa, est ma belle-fille dans la vie. Je trouve qu’elle est une magnifique comédienne et je tenais à lui écrire un beau rôle. La genèse véritable est là. »

Ensuite, seulement, a commencé à émerger ce protagoniste que PaulBarbeau n’a fini de visualiser qu’après avoir jeté son dévolu sur Antoine Desrochers qui, à l’instar de Léa Jaouich, a dès lors prêté son prénom à son personnage en un autre « clin d’œil méta ». Rebelote avec Sarah Mottet, qui est venue compléter le triangle amoureux.

Je désirais faire un film romantique contemporain, pour les adolescents, avec une profondeur, et sans clichés par rapport aux millénariaux. À la base, je savais que je voulais raconter le récit initiatique d’un jeune homme à qui s’offrent plein d’avenues.

Au sujet de la nature « romantique » du projet, d’ailleurs, Paul Barbeau explique : « J’aime l’idée d’immortaliser des moments. Léa avait 16 ans lors du tournage, Antoine, 19, et Sarah en avait 20. C’est un peu ça, le titre À nous l’éternité, en ce sens que j’ai espoir que certaines scènes restent ; qu’on les reverra dans 15 ou 20 ans avec ces trois beaux jeunes-là qui auront alors encore 16, 19 et 20 ans… Et puis, il y a des films qui doivent mûrir pour trouver leur chemin, et je pense que c’en est un. »

En se remémorant une séquence montrant Antoine et Léa à vélo, Paul Barbeau s’émeut. Un état qui perdure lorsqu’il confie : « En revoyant le film, il y a certains plans où je retrouve Antoine Desrochers adolescent, puis d’autres, juste après, où il dégage une aura d’adulte. Ce passage de l’un à l’autre est intangible, et je suis tellement heureux d’avoir pu le capter. »

D’autres destins

Comme Après la neige, À nous l’éternitéfut tourné de façon indépendante, Paul Barbeau y ayant investi ses économies sans retirer de cachet. Les acteurs, eux aussi, ont participé à titre gracieux pour ce scénario, pour ces rôles.

« On a répété en amont, et le tournage d’une vingtaine de jours a été planifié en fonction des disponibilités de chacun. On était une équipe minimale : souvent, c’était juste moi, Christophe [Dalpé, directeur photo] et un des comédiens. La postproduction s’est faite dans la cuisine de mon monteur [Laurent Bernier], avec son chat qui marchait sur le clavier de l’ordinateur… »

La maison de Donnacona que Léa et Sarah partagent avec leur mère dans le film est en outre la propriété des grands-parents maternels de Paul Barbeau, qui est né à Québec, a grandi à Montréal, mais a des racines dans le comté de Portneuf. D’où ces trois lieux entre lesquels Antoine se sent, un temps, écartelé. Mais alors, pas si « pure fiction » que cela, le film ? La remarque amuse Paul Barbeau.

« Un des aspects que j’aime du cinéma, c’est que tu peux tricher ta vie, refaire ta vie en retournant en arrière. Imaginer d’autres destins. »

Et c’est ainsi qu’à l’image de son jeune héros, Paul Barbeau a trouvé, la maturité venue dans son cas, sa propre voie. Parce qu’il est des gens, comme des films, « qui doivent mûrir pour trouver leur chemin ».

À nous l’éternité est présenté samedi 23 février aux RVQC et devrait prendre l’affiche à une date ultérieure.