«Dragons. Le monde caché»: le doux ronron des dragons

La parade amoureuse spectaculaire entre Krokmou (à droite) et la furie blanche ravit au plus haut point.
Photo: Universal Pictures La parade amoureuse spectaculaire entre Krokmou (à droite) et la furie blanche ravit au plus haut point.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le premier chapitre de Dragons racontant l’amitié improbable entre Krokmou, un dragon alpha impétueux et le Viking Harold, alors jeune brindille anxieuse. C’est ce qui frappe d’abord dans ce troisième opus méritant qui ne casse rien, ni dans un sens ni dans l’autre.

Le monde caché s’ouvre en effet sur un Beurk complètement transformé. De gris et plombé, le village est devenu coloré et exalté sous la douce férule de Harold qui a su faire de leurs ennemis de toujours des amis fidèles.

Il y a quelque chose de beau à voir la petite bande de Harold auréolée de cette autorité tranquille que seul confère le temps. L’utopie d’un monde où dragons et Vikings vivent en osmose, telle que rêvée par Harold (et sa mère en d’autres temps), non seulement existe, mais elle fonctionne. Du moins jusqu’à ce qu’un chasseur vienne menacer cet équilibre. Personnage unidimensionnel motivé par sa seule haine des furies nocturnes comme Krokmou dont il souhaite la fin pure et simple, Grimmel le Grave offre bien quelques entourloupettes et mimiques menaçantes, mais il le fait sans véritable génie ni grande vigueur.

Visiblement, l’équipe a eu plus de plaisir à jouer les marieuses en multipliant les allusions matrimoniales entre Harold et Astrid, mais surtout en introduisant dans l’histoire une magnifique furie blanche, dont Grimmel le Grave se servira pour appâter Krokmou, qui tombera dans le panneau comme un débutant. L’apprivoisement des deux dragons et la parade amoureuse spectaculaire qui suivra ravissent au plus haut point en empruntant au documentaire animalier sa prodigieuse énergie comme son potentiel attendrissant.

À la barre depuis le début de la saga créée d’abord au livre par la Britannique Cressida Cowell, Dean DeBlois s’acquitte de sa tâche avec cohérence et constance, repoussant une fois de plus les limites techniques relatives au genre. Muscles, cheveux et griffes, cascades cristallines, grottes phosphorescentes et forêts épaisses ; la richesse formelle des plans et la finesse générale de l’animation laissent paraître peu de défauts. Le transfuge de Disney (derrière Lilo Stitch) passé à DreamWorks pour diriger la belle machine de How to Train Your Dragon a l’oeil exercé du peintre, multipliant les tableaux époustouflants travaillés au petit point.

Si au moins il avait mis le même soin à peaufiner le scénario, qui souffre d’un manque patent d’imagination en plus de clore sur un excès de bons sentiments. Dans le deuxième chapitre, la découverte d’un nid de dragons était au coeur de l’intrigue. Cette fois, c’est la recherche d’un monde caché où la légende veut que ces bêtes féroces se soient réfugiées qui sert de pivot. Et tout autour, la méchanceté des humains surnage encore, ceux-ci étant incapables de protéger la nature qui les entoure, mais n’offrant à vrai dire ni solutions ni réflexions de fond pour s’y atteler une fois pour toutes.

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Dragons: le monde caché (V.F. de How to Train Your Dragon: the Hidden World)

★★★

Animation de Dean DeBlois. Scénario de Dean DeBlois et Cressida Cowell. États-Unis, 2019, 104 minutes.