Suspense maintenu autour du film de François Ozon sur la pédophilie dans l’Église française

Des exemplaires du film de François Ozon ont déjà été livrés à 307 salles de cinéma à travers la France.
Photo: Christophe Ena Agence France-Presse Des exemplaires du film de François Ozon ont déjà été livrés à 307 salles de cinéma à travers la France.

La justice française a autorisé la sortie mercredi de Grâce à Dieu, le film de François Ozon sur la pédophilie dans l’Église, malgré l’opposition d’un prêtre inculpé dans ce dossier, mais une autre plainte maintiendra le suspense jusqu’au dernier moment.

Le père Bernard Preynat, prêtre lyonnais poursuivi pour agressions sexuelles dans cette affaire dont le jugement sera rendu cette année à une date non précisée, avait assigné en référé le cinéaste pour obtenir un report de la sortie en salles du film, qui a reçu samedi le Grand Prix du jury à la Berlinale, deuxième prix majeur après l’Ours d’or.

« La décision très bien motivée reconnaît que le film — avec les avertissements qui l’accompagnent — ne justifie pas les mesures demandées qui menaçaient sa sortie », s’est réjoui lundi Me Paul-Albert Iweins, l’un des deux avocats du producteur et du distributeur du film.

Pour Me Emmanuel Mercinier, avocat du père Preynat, le juge « considère que le fait d’insérer un carton à la dernière seconde du film indiquant que le père Preynat bénéficie de la présomption d’innocence répond aux exigences de la loi, la culpabilité de ce dernier n’étant dès lors pas présentée comme acquise ».

Il a regretté « amèrement cette décision, non seulement dans l’intérêt du père Preynat, mais plus largement dans l’intérêt général ». « Présenter durant deux heures comme coupable un homme qui n’a pas encore été jugé comme tel constitue une atteinte à la présomption d’innocence », a-t-il dit. Selon ses défenseurs, le père Preynat fera appel.

Une seconde plainte

L’ensemble de cette affaire s’est déroulé à Lyon, où une autre audience se tenait lundi qui maintiendra pour le film le suspense jusqu’à mardi 17 h(11 h au Québec) : une ex-membre du diocèse de Lyon, Régine Maire, représentée dans le film sous son nom, réclame que son patronyme n’apparaisse pas, au nom de la protection de la vie privée et de la présomption d’innocence.

Le procès du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et de cinq autres personnes pour non-dénonciation d’agressions sexuelles pédophiles dans cette affaire s’est tenu début janvier à Lyon. Le jugement est attendu le 7 mars. Régine Maire a été jugée pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agressions du prêtre.

Grâce à Dieu, qui donne seulement les prénoms des victimes, cite nommément le cardinal Barbarin, le père Preynat et Régine Maire — dont les noms, se justifie François Ozon, « étaient déjà dans la presse ».

Le film raconte la naissance de l’association de victimes « La Parole libérée », fondée à Lyon en 2015 par d’anciens scouts accusant Bernard Preynat de les avoir agressés sexuellement, selon trois d’entre eux.

Sa date de sortie avait été programmée en raison de sa sélection à la Berlinale, selon François Ozon, hors de toute considération judiciaire. François Ozon, prolifique réalisateur, avait estimé samedi à Berlin que, si le film était suspendu de projection jusqu’au procès du père Preynat, « ce serait une sorte de censure ».

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