L'acteur Albert Finney, nommé cinq fois aux Oscar, est décédé

Albert Finney lors de la première du film «Erin Brockovich», à Los Angeles en 2000
Photo: Lucy Nicholson Agence France-Presse Albert Finney lors de la première du film «Erin Brockovich», à Los Angeles en 2000

Représentant de la nouvelle vague anglaise avant d’entamer une riche carrière à Hollywood, l’acteur britannique Albert Finney, nommé cinq fois aux Oscar, est mort à l’âge de 82 ans.

« Albert Finney, 82 ans, est décédé paisiblement à la suite d’une courte maladie, entouré de ses proches », a déclaré vendredi sa famille dans un communiqué.

L’acteur, qui tourna sous la direction de Steven Soderbergh (Erin Brockovich), des frères Coen (Miller’s Crossing), de Sidney Lumet (Le crime de l’Orient-Express), de John Huston (Annie, Au-dessous du volcan) ou encore de Tim Burton (Big Fish), fit sa dernière apparition dans Skyfall, le 25e volet des aventures de James Bond.

Il incarnait le garde-chasse du domaine écossais qui avait vu grandir l’agent 007. Un hommage lui a été rendu vendredi sur le compte Twitter officiel du célèbre espion.

C’était « le meilleur […] Mais au-delà de ça, il était ce que les Allemands appellent un “Mensch” » [un grand homme], a dit John Clesse, des Monty Python, sur le même réseau social.

« Albert Finney ne buvait pas que de l’eau, mais c’était un génie », a commenté l’ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob, plaidant pour la rediffusion des films du Britannique. « C’est le Depardieu d’outre-Manche, son Gabin, son Harry Baur, son Charles Vanel. Bref, l’héritier de Laurence Olivier. »

Les portes d’Hollywood

Acteur shakespearien, Albert Finney a alterné les rôles sur les planches et au cinéma tout au long de sa longue carrière, entamée à la fin des années 1950.

Il a été révélé en jeune « homme en colère » et « working class hero » dans Samedi soir et dimanche matin (1960), film manifeste du « free cinema ». Dans ce succès commercial, il était question de liaison hors mariage et d’avortement, des sujets tabous à l’époque.

Après avoir refusé le rôle de Lawrence d’Arabie, qui reviendra à Peter O’Toole, Albert Finney et son physique massif se glisseront dans la peau de Tom Jones. Cette adaptation d’un classique du XVIIIe siècle obtiendra l’Oscar du meilleur film en 1963, lui ouvrant les portes d’Hollywood.

À l’écran, il sera le mari bougon d’Audrey Hepburn dans Voyage à deux (1967), Ebenezer Scrooge, le vieil usurier du conte de Noël de Charles Dickens (1970), le ministre de la Police de Napoléon, Fouché, dans Les duellistes de Ridley Scott (1977), ou encore Daddy Warbucks dans la célèbre comédie pour enfants Annie (1982).

Il a été nommé cinq fois aux Oscar, dont quatre dans la catégorie du meilleur acteur, notamment pour le rôle d’Hercule Poirot dans Le crime de l’Orient-Express (1974), où il joue aux côtés de nombreuses stars, et a remporté trois Golden Globes.

Voyager avec ses personnages

Fils d’un bookmaker, il est né le 9 mai 1936 à Salford, près de Manchester (nord-ouest de l’Angleterre), et a étudié à l’Académie royale d’art dramatique à Londres.

« J’aime faire évoluer mes personnages, voyager avec eux. La capacité à vous changer vous-même pour traduire cette évolution, c’est ce qui est le plus intéressant pour un acteur », avait-il confié à l’AFP en 1992, à propos de son rôle dans le film L’amour en trop de l’Australien Bruce Beresford.

Plus rare à partir des années 1990, Albert Finney s’est distingué en gangster dans Miller’s Crossing des frères Coen et en avocat bouleversé par la tornade Erin Brockovich (jouée par Julia Roberts) dans le film du même nom.

En 2004, Tim Burton lui confie le rôle poignant d’Edward Bloom dans Big Fish. Il joue un homme malade, en fin de vie, avec qui son fils tente de renouer.

Ses dernières apparitions à l’écran furent dans des films d’action, la saga Jason Bourne et le James Bond Skyfall, aux côtés de Daniel Craig.

Albert Finney fut marié à trois reprises, notamment à l’actrice française Anouk Aimée (Un homme et une femme), qu’il épousa en secondes noces en 1970.

Issu du monde ouvrier, l’acteur refusa en 2000 d’être fait chevalier par la reine.

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