«Troisièmes noces»: les noces de gaufre

Martin (Bouli Lanners) pleure encore le décès accidentel de son conjoint alors qu’il accepte d’héberger et d’épouser Tamara (Rachel Mwanza).
Photo: Fabrizio Maltese Martin (Bouli Lanners) pleure encore le décès accidentel de son conjoint alors qu’il accepte d’héberger et d’épouser Tamara (Rachel Mwanza).

À la seule lecture du synopsis de Troisièmes noces nous revient le souvenir de Green Card, de Peter Weir, et des Noces de papier, de Michel Brault, parcours de deux femmes issues de milieux privilégiés acceptant (par dépit) d’épouser un étranger sans statut. Les rôles sont en partie inversés dans ce troisième long métrage de David Lambert (Hors les murs, Je suis à toi), puisqu’un homme, un Belge pur gaufre, accepte, avec tout aussi peu d’enthousiasme, de partager son toit avec une étrangère dans le but de l’épouser : lui pour éponger ses dettes, elle pour les précieux papiers.

Autant dire que tous ces personnages s’avancent, parfois difficilement, en territoire inconnu. C’est un peu la même chose pour ce cinéaste belge que l’on connaît pour ses films d’une certaine âpreté, rarement lumineux, refusant aussi les étiquettes sexuelles trop strictes. En ce sens, Troisièmes noces s’inscrit dans une parfaite continuité, même si on sent chez Lambert l’envie d’un virage, ou du moins de légèreté.

Celle-ci se glisse discrètement au milieu d’une introduction à l’ambiance mortuaire, alors que Martin (Bouli Lanners, solide comme toujours) pleure encore le décès accidentel de son conjoint, et donne tous les signes alarmants de quelqu’un qui ne survivra pas à ce deuil. Criblé de dettes, il accepte la proposition d’un collègue, celle d’héberger puis d’épouser Tamara (Rachel Mwanza, beaucoup de candeur, mais pas un grand timing comique), une réfugiée congolaise qui s’incruste dans le quotidien de ce misanthrope faisant croire à certains qu’il s’est converti aux joies de l’hétérosexualité. Une façade qui se fissure sérieusement avec l’arrivée impromptue d’un autre réfugié, que l’on pourrait qualifier d’élément perturbateur. Et c’est sans compter la présence envahissante de deux inspecteurs de police habitués devant ce type d’arrangement prénuptial.

Derrière la réalité implacable de la traque, de la peur et de l’exil, d’autres dimensions plus amusantes viennent colorer ce curieux compagnonnage. Les rituels de la cuisine ressemblent souvent à un passage obligé, et témoignent ici d’un apprivoisement progressif entre cet ours mal léché et cette jeune fille en fleur prête à bien des mensonges pour arriver à ses fins. Cette dimension du récit apparaît d’ailleurs moins convaincante que la complicité, palpable, de ce duo désaccordé.

Empêtrée entre ses petites fourberies, deux amants (dont un qu’elle fait passer pour son frère) et un mari au profil peu crédible, la figure de Tamara témoigne des difficultés de David Lambert à arrimer tant d’éléments disparates. Sans compter que ses envies de comédie se noient rapidement dans ses propensions habituelles à la gravité — heureusement que Bouli Lanners maîtrise ces deux tonalités à la perfection.

Troisièmes noces effleure une réalité complexe en offrant quelques notes d’espoir, quelques touches humoristiques, mais dans un dosage pas toujours bien calibré, confinant toute la démarche à une certaine tiédeur.

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Troisièmes noces

★★ 1/2

Comédie dramatique de David Lambert. Avec Bouli Lanners, Rachel Mwanza, Eric Kabongo, Virginie Hocq. Canada−Belgique−Luxembourg, 2018, 97 minutes.