Le beau retour d’Élodie Bouchez

«Pupille» a du succès en France depuis sa sortie le 5 décembre et Élodie Bouchez voit un peu le film comme un tremplin éventuel vers de nouveaux types de rôles pour elle au cinéma.
Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse «Pupille» a du succès en France depuis sa sortie le 5 décembre et Élodie Bouchez voit un peu le film comme un tremplin éventuel vers de nouveaux types de rôles pour elle au cinéma.

Ça faisait un bail qu’elle avait disparu du paysage. Au cours de la décennie 1990, Élodie Bouchez, visage solaire du cinéma d’auteur français, brillait de tous ses feux. Si ses débuts dans Stan the Flasher de Serge Gainsbourg avaient été remarqués, c’est en 1994 avec Les roseaux sauvages d’André Téchiné, magnifique film d’apprentissage sur fond de guerre d’Algérie, qui lui avait valu le César du meilleur espoir féminin, qu’elle avait imposé son énergie et sa charge. Quatre ans plus tard, La vie rêvée des anges d’Éric Zonca, troublant double portrait de jeunes filles en quête d’elles-mêmes, lui valait une riche moisson de lauriers avec sa comparse Natacha Régnier, tant à Cannes qu’aux César et aux Prix du cinéma européen.

Élodie Bouchez aura tenu des petits rôles au cours de la décennie 2000 dans des séries américaines, sans percer vraiment, avant un retour assez discret sur les écrans français, drames et comédies, et une présence au théâtre. Mais on souhaitait retrouver en pleine lumière son profil ardent et fragile, au bord de tous les possibles, demeuré unique dans le cinéma français.

« S’il y avait d’autres occasions aux États-Unis, ça m’intéresserait, mais j’aime avant tout le cinéma français, confiait-elle en entrevue à Paris. J’y ai été un tel visage de jeunesse entre 20 et 35 ans… Il y a un moment où tu ne peux plus correspondre à cette image-là, même en conservant quelque chose de juvénile. J’ai traversé des moments de flottement avant mes rôles de femme. Ma chance aura été d’avoir participé au départ à des films forts et importants, mais j’espérais depuis des années un nouveau beau rôle et il est arrivé. Ça valait le coup d’attendre. Il faut y croire. »

Elle avait raison. La voici en nomination aux César pour un film sept fois cité. Et la Presse étrangère à Paris lui a décerné le Lumière de la meilleure actrice.

Un tremplin

L’actrice tient l’affiche dans l’excellent Pupille de Jeanne Herry, aux côtés de Gilles Lellouche et de Sandrine Kiberlain, une histoire tout en finesse sur l’adoption sous X (quand la mère biologique a deux mois pour revenir sur sa décision d’abandonner son enfant). Alors que Lellouche et Kiberlainincarnent des travailleurs de l’aidesociale de bonne volonté, Élodie Bouchez, tout en élan de générosité, entre dans la peau d’Alice, une célibataire en mal d’enfant appelée à devenir la nouvelle mère du poupon.

De l’accouchement à la famille reconstituée, Pupille s’attarde à la complexité du processus d’adoption, se penchant sur le lien affectif que le personnage de Gilles Lellouche développe avec le petit Théo. On découvre cet acteur soudain tendre et vulnérable, aux antipodes des rôles de machos qui lui échoient souvent.

Tout était dans le scénario. J’ai su instinctivement en le lisant que le rôle était dans mes cordes, que j’étais prête pour ce personnage en sauts d’obstacles. Chaque scène est chargée de sens. Les enjeux abordés demeurent importants du début à la fin.

L’actrice avait aimé Elle l’adore, le premier long métrage de Jeanne Herry (fille de Miou-Miou et de Julien Clerc), comédie sur une fan d’un chanteur célèbre. Elle croyait en son univers et plongea avec joie à ses côtés dans Pupille.

« Ce film ouvre une brèche sur l’adoption d’enfants par des célibataires, qui commence à se frayer son chemin en France, dit-elle. Tout était dans le scénario. J’ai su instinctivement en le lisant que le rôle était dans mes cordes, que j’étais prête pour ce personnage en sauts d’obstacles. Chaque scène est chargée de sens. Les enjeux abordés demeurent importants du début à la fin. C’est l’humanité qui me fait vibrer dans la vie comme au cinéma. Celle de ce personnage m’a transportée. Alice est quelqu’un avec des failles et une souffrance qui chemina longtemps avant de trouver cette lumière intérieure. »

Élodie Bouchez a aimé travailler dans une oeuvre chorale où plusieurs rôles souvent en gros plans sont importants. « On n’y suit pas une personne, mais chacun représente les étapes d’un processus vital. »

La cinéaste n’avait pas voulu confronter le bébé à des scènes chargées émotivement. « Quand la parole était trop forte, on prenait une poupée. C’était un bon bébé, avec qui je parlais beaucoup, et on ne voulait pas avoir l’impression d’exploiter une toute petite personne en évoquant devant elle une condition d’enfant abandonné. »

Pupille a du succès en France depuis sa sortie le 5 décembre et Élodie Bouchez voit un peu le film comme un tremplin éventuel vers de nouveaux types de rôles pour elle au cinéma.

Elle assume ses choix de carrière : « J’ai préféré parfois me cantonner à de petits rôles, de simples apparitions dans des films qui m’intéressaient, plutôt que d’accepter des propositions qui m’auraient rendue malheureuse. Et j’aurai du moins réussi à ne pas me perdre. C’est beaucoup ! » conclut-elle.

Cet entretien a été effectué à Paris dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance.

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«Pupille» sort en salle le 15 février.