Geneviève Dulude-De Celles, de Sorel à la Berlinale

La cinéaste Geneviève Dulude-De Celles en compagnie de la vedette de son long métrage, Émilie Bierre.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La cinéaste Geneviève Dulude-De Celles en compagnie de la vedette de son long métrage, Émilie Bierre.

Mylia vit ce moment terrible de l’existence où elle se sent partout, et en tout, inadéquate. À 12 ans, elle n’est plus une enfant, mais elle n’est pas adolescente pour autant, elle qui ne maîtrise pas encore les rouages et les codes qui régissent cette phase-là. Comme si cela ne suffisait pas, il y a ce déménagement qui la contraint à quitter sa campagne, direction la ville et la grande école. Désemparée, dépaysée, la Mylia. Quoique pleine de ressorts néanmoins, et portée par une curiosité qui en fait une héroïne certes peu loquace, mais observatrice. Elle est au cœur du premier long métrage de fiction de Geneviève Dulude-De Celles.

Sélectionné par le Festival de Berlin dans la section Generation, Une colonie met en vedette la jeune Émilie Bierre, qui a bouleversé dans Catimini de Nathalie Saint-Pierre et qu’on verra bientôt dans Les nôtres de Jeanne Leblanc. Le film s’est déjà promené pas mal, entre autres du côté du TIFF et du Festival de cinéma de la ville de Québec, où on a rencontré son auteure, l’automne dernier. « J’avais à la base très envie de raconter le passage de l’enfance à l’adolescence, cette période de flottement qui survient entre les deux. »

Pour mémoire, Geneviève Dulude-De Celles s’était signalée avec son court métrage La coupe, lauréat à Sundance du Grand prix du jury international et qu’on avait pu apprécier au festival Regard, à Saguenay. Ce film évoquait avec force subtilité la relation entre une fillette et son père le temps que la première coupe les cheveux du second.

« Une colonie s’inscrit dans la continuité de La coupe. Pour moi, le personnage de Mylia est le prolongement de celui dans La coupe. D’ailleurs, je l’ai appelé Mylia en hommage à la comédienne Milya Corbeil-Gauvreau, qui joue dans La coupe. »

Approfondir un sujet

Pendant qu’elle écrivait le scénario d’Une colonie, Geneviève Dulude-De Celles tournait un long métrage documentaire, Bienvenue à F.L., qui se déroule dans une école secondaire. Une aventure qui eut une incidence positive sur les thèmes et enjeux abordés dans Une colonie.

Côtoyer ces jeunes m’a nourrie. Et puis j’avais l’impression d’approfondir un sujet dans lequel je baignais, et qui m’était cher, sans me répéter. Car évidemment, c’était une préoccupation. Une colonie, c’est une sorte… d’aboutissement ? Comme la fin d’un cycle.

« Côtoyer ces jeunes m’a nourrie. Et puis j’avais l’impression d’approfondir un sujet dans lequel je baignais, et qui m’était cher, sans me répéter. Car évidemment, c’était une préoccupation. Une colonie, c’est une sorte… d’aboutissement ? Comme la fin d’un cycle. »

À l’instar de sa protagoniste, la cinéaste a, on le constate, donc beaucoup observé. Pour autant, Geneviève Dulude-De Celles a volontiers puisé dans ses propres expériences pour enrichir sa trame. « Le film n’est pas autobiographique, mais comme Mylia, j’ai moi aussi vécu à la campagne, près de Sorel, puis j’ai déménagé en ville. J’appréhendais ce choc-là, celui du déracinement. Entrer dans une “grosse” école… »

Expérience marquante

Dans le film, Mylia trouve un ami, voire un allié, inattendu en la personne de Jimmy, un Autochtone d’à peu près son âge qui habite dans une réserve toute proche. Entre eux, une complicité silencieuse s’établit, facilitée peut-être par un sentiment commun de marginalité.

« J’ai collaboré avec le Wapikoni mobile pendant quatre ans, explique Geneviève Dulude-De Celles. Le principe consiste à envoyer des cinéastes travailler avec de jeunes Autochtones pour tourner avec eux des courts métrages. J’ai fait cinq escales, c’est-à-dire que j’ai séjourné cinq mois dans différentes communautés. Ç’a été marquant pour moi, formateur. J’ai énormément appris sur eux. Et j’ai énormément appris sur moi. Bref, j’ai voulu incarner l’Autre, avec un A majuscule, de cette manière-là. Jimmy a pris forme comme ça, de façon très naturelle. »

Et Mylia de découvrir cet Autre et de se découvrir également. Pas autobiographique, Une colonie ? Ce très beau film l’est peut-être plus que son auteure le croit.

Une colonie prend l’affiche le 1er février.

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