Deux cinéastes québécois dans la course aux Oscar

<em>Fauve</em> (photo ci-dessus) et <em>Marguerite</em> sont tous deux nommés dans la catégorie du meilleur court métrage de fiction.
Photo: Festival international du film de Toronto Fauve (photo ci-dessus) et Marguerite sont tous deux nommés dans la catégorie du meilleur court métrage de fiction.

Joie à l’annonce mardi des nominations de la 91e cérémonie des Oscar. En effet, donnés candidats probables depuis un moment dans la catégorie du meilleur court métrage de fiction, les films québécois Marguerite, de Marianne Farley, et Fauve, de Jérémy Comte, ont tous deux été retenus. C’est, sauf erreur, la première fois qu’un tel cas de figure se produit. Une chose est sûre, les principaux intéressés, avisés en même temps que tout le monde, se pincent encore.

Campé lors d’un été idyllique, Fauve s’ouvre sur les aventures de deux gamins partis explorer la campagne environnante. Puis, le drame survient, balayant l’insouciance de l’enfance, entre larmes et poésie.

« Lorsque les titres de la shortlist ont été annoncés il y a environ un mois et que mon film y était, je me suis dit pour la première fois qu’une nomination, ça se pouvait. Avant ça, j’essayais d’avoir le moins d’attentes possible. »

Pas du genre présomptueux, Jérémy Comte, et ce, en dépit de ce que Fauve, son quatrième court, eût été sélectionné dans pas moins de 125 festivals internationaux, récoltant au passage quelque 65 prix.

Photo: Marc Simpson-Threlford «Marguerite», de Marianne Farley, nommé dans la catégorie du meilleur court métrage de fiction

Pour l’anecdote, l’intrigue a été inspirée au cinéaste par un rêve récurrent qu’il faisait, petit gars.

« Je trouve ça émouvant qu’un projet qui part de quelque chose d’aussi personnel ait un si bel écho un peu partout, ici comme à l’étranger. En plus, c’est à l’époque de ce rêve-là que j’ai développé ma passion pour le cinéma. Quand j’ai commencé à réfléchir à Fauve, je vivais une grosse remise en question professionnelle. Je me demandais si je voulais continuer : c’est très difficile de faire sa place en cinéma. Fauve a changé ça. »

En l’occurrence, Jérémy Comte a l’impression d’avoir réussi la quadrature d’un cercle entamé enfant.

Autre parcours

Quant à Marianne Farley, actrice établie depuis plusieurs années, Marguerite marque son deuxième passage derrière la caméra.

« Le parcours de Marguerite a été différent de celui de Fauve, explique-t-elle. Le buzz autour du film a été plus tardif. Il faut savoir que pour être admissible à l’Oscar du meilleur court, il faut avoir gagné dans un festival reconnu par l’Académie. Et il s’est trouvé que Marguerite a gagné à Rhode Island. Je me souviens, quelqu’un a tagué le film [sur les réseaux sociaux] en précisant qu’il était admissible aux Oscar. J’étais stupéfaite ! »

L’idée est née d’un constat : celui que j’étais contente d’être venue au monde dans les années 1970 et non avant, pour des questions comme celles des droits des femmes, des gais…

Récit poignant également, Marguerite relate la complicité pudique qui se fait jour entre une dame âgée et l’infirmière qui lui prodigue des soins à domicile. Alors qu’elle en est au crépuscule de son existence, la première fera la paix avec des désirs enfouis au contact de la seconde.

« L’idée est née d’un constat : j’étais contente d’être venue au monde dans les années 1970 et non avant, pour des questions comme celles des droits des femmes, des gais… Malgré les avancées, j’ai parfois l’impression qu’on recule comme société, mais quoi qu’il en soit, l’histoire de Marguerite m’est venue parce que je n’ai jamais compris qu’on puisse se montrer intolérant envers les personnes homosexuelles. Je suis curieuse des gens, des expériences d’autrui : c’est ce qui m’inspire. »

Dans Marguerite, Béatrice Picard touche par sa retenue douloureuse, puis lumineuse, face une Sandrine Bisson émouvante de sollicitude.

« Sandrine est une amie proche, et j’avais envie de lui donner un rôle plus près de qui elle est dans la vie. Elle est tellement douce et ouverte, Sandrine : le contraire des rôles carrés qu’on lui a souvent fait jouer. »

Parlant de jeu, en dépit de ce que Marguerite constitue un succès de réalisation éclatant pour Marianne Farley, cette dernière n’a pas l’intention de mettre sa carrière d’actrice en veilleuse.

« Je me laisse porter. En même temps, je suis incapable d’attendre que le téléphone sonne, donc des occasions comme celle-là, je vais continuer d’en créer. »

Résultat des courses le 24 février.

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