Netflix s’excuse d’avoir utilisé des images de la tragédie de Lac-Mégantic, mais ne change rien

La ministre Nathalie Roy avait vivement dénoncé samedi l’utilisation des images de la catastrophe de Lac-Mégantic, qui avait fait 47 morts.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne La ministre Nathalie Roy avait vivement dénoncé samedi l’utilisation des images de la catastrophe de Lac-Mégantic, qui avait fait 47 morts.

Le géant américain Netflix s’est excusé mardi d’avoir utilisé des images de la tragédie de Lac-Mégantic dans certaines productions, et promet de faire mieux dans le futur. N’empêche : lesdites images ne seront pas remplacées dans le film Bird Box — ce que continue de dénoncer la ministre de la Culture, Nathalie Roy.

« Netflix ne connaissait pas la source des images [utilisées] et comprend que plusieurs personnes aient ressenti de la frustration et de la tristesse » en les voyant, indique la directrice des politiques publiques de Netflix (Corie Wright) dans une lettre écrite en réponse à une missive envoyée samedi par Mme Roy.

Mme Wright ajoute toutefois que « l’utilisation d’images d’archives constitue une pratique courante et répandue dans l’industrie du cinéma et de la télévision ». Ainsi, « l’étendue de cette utilisation ne nous permet pas d’apporter les changements que vous nous demandez [retirer les images de toutes les productions] à des contenus existants », dit-on.

Nous avons entamé des discussions au sein de l’entreprise portant sur les meilleures pratiques à mettre en oeuvre afin d’éviter que ces images ou d’autres de même nature soient utilisées à nouveau

 

Cette réponse a laissé la ministre Roy sur sa faim. « Nous saluons le fait que l’entreprise reconnaisse ses erreurs et qu’elle présente ses excuses, a-t-elle indiqué par courriel au Devoir. Toutefois, nous déplorons que l’entreprise maintienne sa décision de ne pas retirer les images de cette tragédie du film Bird Box, alors qu’elle a déjà accepté de le faire pour l’une de ses séries [Travelers], ce qui est incohérent à nos yeux. »

Dans le cas de Travelers, c’est l’entreprise torontoise Peacock Alley Entertainment qui produit la série. La présidente de la boîte, Carrie Mudd, indiquait la semaine dernière que les images avaient été achetées d’un vendeur de banque d’images établi à New York, et que Peacock Alley ignorait leur provenance. Mme Mudd a regretté leur utilisation et promis de les remplacer rapidement.

Cela dit, Corie Wright estime que Netflix — et l’ensemble de l’industrie — peut « faire mieux ». « Nous avons entamé des discussions au sein de l’entreprise portant sur les meilleures pratiques à mettre en oeuvre afin d’éviter que ces images ou d’autres de même nature soient utilisées à nouveau. » Impossible de savoir précisément ce que cela veut dire, puisque Netflix refusait mardi les demandes d’entrevue.

Québec outré

La ministre Roy avait vivement dénoncé samedi l’utilisation des images de la catastrophe de Lac-Mégantic, qui a fait 47 morts en 2013. Dans une lettre au ton vitriolique envoyée au p.-d.g. de Netflix, Reed Hastings, Nathalie Roy écrivait que le gouvernement avait été « stupéfait et consterné » de voir les images de la tragédie ferroviaire utilisées « purement à des fins de divertissement ». « Tant sur le plan moral qu’éthique, c’est tout simplement inadmissible », disait-elle.

Le gouvernement réclamait ainsi le « retrait de ces images de l’ensemble des productions, et ce, dans les plus brefs délais ». Netflix devait faire « preuve ne serait-ce que d’un soupçon d’humanité et de compassion dans ce dossier », estimait Mme Roy.

La ministre se demandait autrement s’il ne serait pas « temps que les géants du cinéma, de la télévision et du Web s’interrogent sur la nécessité de se doter d’un code d’éthique afin que de telles aberrations ne se reproduisent plus jamais ».

La mairesse de Lac-Mégantic, qui avait demandé à Netflix le retrait des images, n’a pas souhaité faire de commentaire mardi.