«Premières armes»: avant d’aller à la guerre

«Premières armes» demeure un film qui plonge dans l’humanité de chacun de ses personnages, même si cette humanité n’a pas vraiment droit de cité dans l’armée.
Photo: ONF «Premières armes» demeure un film qui plonge dans l’humanité de chacun de ses personnages, même si cette humanité n’a pas vraiment droit de cité dans l’armée.

Ils ont laissé leur « identité citoyenne » et individuelle à l’entrée, et ont mis leur corps et leur tête au service de l’État. À partir de ce moment, leur vie dans l’armée est réglée jusque dans le moindre détail. Avec son documentaire Premières armes, Jean-François Caissy plonge dans l’univers de douze recrues de l’armée canadienne. La caméra les suit à partir de leur entrée dans la formation intensive de douze semaines, et au fil de leur entraînement, rythmé par les ordres rigoureux criés par les supérieurs, du lever jusqu’au coucher.

Parmi les raisons évoquées par les recrues pour expliquer leur intérêt pour la vie militaire, on trouve le besoin de défis, de servir son pays, le besoin d’un changement dans leur vie. D’autres suivent les traces d’un père militaire ou souhaitent accomplir un rêve d’enfant. Ils sont avertis d’entrée de jeu, l’épreuve de la réalité sera abrupte.

Effectivement, Jean-François Caissy dévoile un entraînement exigeant, excessif. Ici, aucune contestation ou expression individuelle n’est possible. Il restera à répondre « Oui, mon commandant » à toute injonction, quelle qu’elle soit. Tout acte répréhensible est passible de sanction, qu’il s’agisse d’un visage mal rasé ou d’une chemise mal rangée.

On a d’ailleurs l’impression que ce sont ces petits détails de la vie intime des recrues qui sont les plus difficiles à vivre, et le film y consacre de longues minutes. Parallèlement, les recrues aiment davantage les missions fictives qui leur sont confiées, qui impliquent davantage de mouvements sur le terrain.

Certains trouvent l’expérience particulièrement ardue. D’autres semblent très heureux d’être appréciés par leurs supérieurs. Une recrue dira comprendre que les supérieurs jouent des « personnages », et ne sont pas probablement aussi agressifs dans la vraie vie. Une femme recrue confiera à un supérieur qu’elle subit des propos difficiles des collègues masculins de sa section. On n’en saura pas plus, tout le film reposant sur des scènes vécues entre gens de l’armée, sans entrevues individuelles. Premières armes demeure un film qui plonge dans l’humanité de chacun de ses personnages, même si cette humanité n’a pas vraiment droit de cité dans l’armée. Là, ces recrues deviennent des numéros, les plus efficaces possible, au service de l’État. On est heureux d’avoir pu les suivre quelques instants avant cette transformation.

On reste troublé à l’idée que cette jeunesse pourrait éventuellement servir de chair à canon. Évidemment, ces recrues sont libres d’entrer dans l’armée et elles y sont venues de leur plein gré. On espère qu’elles pourront tout autant la quitter le temps venu.

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Premières armes

★★★ 1/2

Documentaire de Jean-François Caissy. Québec, 2019, 106 minutes.