Les enfants de l’avenir

Le cinéaste argentin Juan Antin n’affiche aucune ambition de documentariste, et encore moins de pamphlétaire, avec «Pachamama. Le trésor sacré», magnifique fantaisie écologiste animée sur un monde différent du nôtre, en apparence seulement.
Photo: Haut et court Le cinéaste argentin Juan Antin n’affiche aucune ambition de documentariste, et encore moins de pamphlétaire, avec «Pachamama. Le trésor sacré», magnifique fantaisie écologiste animée sur un monde différent du nôtre, en apparence seulement.

Pour des générations d’enfants, le tout premier contact devant les beautés de la cordillère des Andes et la richesse de la culture des Incas s’est longtemps résumé à un seul titre : Tintin et le temple du Soleil. Grâce au talent unique du dessinateur Hergé (et les chansons de Jacques Brel qui tapissent le film), cette Amérique latine d’une époque lointaine a marqué l’imaginaire — et cristallisé quelques préjugés.

Le cinéaste argentin Juan Antin n’affiche aucune ambition de documentariste, et encore moins de pamphlétaire, avec Pachamama. Le trésor sacré, magnifique fantaisie écologiste animée sur un monde différent du nôtre, en apparence seulement. Nous voilà plongés à l’époque précolombienne, dans une contrée dominée par les Incas, et tout à coup confrontée, à partir du XVe siècle, aux conquistadors, eux qui ne donnaient pas dans la dentelle lorsqu’ils posaient le pied sur une terre inconnue. Une mauvaise habitude passablement reprise depuis ce temps.

Le village amérindien de la petite « parfaite » Naïra et de l’espiègle Tepulpaï semble épargné par les tumultes tant ses charmes terrestres se confondent avec ceux du ciel étoilé. Tous triment dur pour cueillir les fruits de la terre mère, la fameuse Pachamama, affichant un profond respect à travers rituels et offrandes, et que la nature leur rend bien. Cet équilibre sera rompu lorsqu’un représentant des Incas viendra leur confisquer leurs récoltes, et leur totem, un vol qui ne restera pas impuni, les deux enfants étant bien déterminés à le reprendre des mains de l’oppresseur. Leur arrivée dans la capitale Cuzco, d’abord source d’émerveillement devant tant de richesses, coïncide avec celle de conquérants espagnols (pour la plupart sans visage, et dont les propos ne sont ni sous-titrés ni doublés en français, ajoutant à leur étrangeté).

Le caractère contemporain de cette fable s’exprime d’abord dans la dynamique à la fois enfantine et égalitaire des deux héros au profil d’abord contrasté (parfois près du cliché), pour ensuite s’aplanir dans une complicité de tous les instants, surtout face aux ennemis. Quant au message écologiste, que les spectateurs adultes trouveront sans doute d’une subtilité relative, il est traversé à la fois par l’urgence d’agir devant la bêtise et un respect solennel pour des écosystèmes dont la fragilité apparaît intrinsèquement liée à celle de ses habitants.

À ces péripéties s’amalgament des éléments dignes des plus belles légendes, celles où les chamans ont plus d’un tour dans leur sac, tandis que les aînés insufflent un respect qui se prolonge bien au-delà de leur mort, dans des cérémonies et des sanctuaires à la grandeur de leur sagesse. Tout cela est enrobé de couleurs vives et de formes savamment étudiées, particulièrement la cité inca, célébration d’un génie architectural dont les vestiges fascinent encore.

Ce petit trésor d’animation constitue un dépaysement de choix, avec quelques repères rassurants (les chicanes d’enfants semblent claquées sur celles des cours d’école), pour que petits et grands puissent enfin découvrir tout ce qu’il y a au-delà du fameux temple du Soleil.

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Pachamama. Le trésor sacré

★★★ 1/2

Film d’animation de Juan Antin. France−Canada−Luxembourg, 2018, 72 minutes.