Cinéma d'ailleurs: splendeurs et misères de ce monde

«Un peuple et son roi», de Pierre Schoeller
Photo: MK2 Mile End «Un peuple et son roi», de Pierre Schoeller

Les cinéastes ne sont ni journalistes ni historiens, mais plusieurs témoignent des angoisses de nos contemporains ou illustrent les tumultes de l’histoire. Cédant parfois à la lourdeur de la thèse, ils ne rendent pas toujours service au septième art, mais au cours des prochains mois, certains films inspirants, principalement tournés en Europe, se profilent à l’horizon. Avec, ici et là, quelques plages de légèreté.

Rien de léger dans les ambitions de Pierre Schoeller, déterminé à embrasser les années les plus déterminantes de l’histoire de France, de la prise de la Bastille en 1789 à l’exécution de Louis XVI en 1793. Dans Un peuple et son roi (18 janvier), il convie une foule d’acteurs solides (dont Denis Lavant) pour cette relecture historique, que l’on qualifie d’ambitieuse, mais aussi de dispersée.

Le XXe siècle a aussi connu sa large part de remous et de misères, avec souvent le continent européen comme épicentre des catastrophes. Les horreurs du nazisme n’ont pas été dissoutes une fois l’Allemagne séparée en deux après la Deuxième Guerre mondiale. Florian Henckel von Donnersmarck, finalement remis de sa mésaventure hollywoodienne (The Tourist) après le succès international de La vie des autres, revient enfin dans son pays natal avec Never Look Away (1er mars) pour explorer les remous intérieurs d’un artiste sous l’emprise du communisme passé à l’Ouest, mais hanté par d’horribles secrets de famille.

 
Photo: Métropole Films «Capharnaüm», de Nadine

Bien que Capharnaüm (1er février) emprunte le ton de la fable, c’est le Beyrouth d’aujourd’hui qu’observe Nadine Labaki (Caramel), celui des bas-fonds et des enfants dans la misère. Un d’entre eux a même décidé de traîner au tribunal ses parents, les accusant de l’avoir parachuté, sans son consentement, dans un monde pourri. L’enfance apparaît d’ailleurs tout aussi meurtrie dans Grâce à Dieu (5 avril), de François Ozon, où les scandales de pédophilie au sein de l’Église catholique sont abordés avec une grande franchise. Le combat est mené par Melvil Poupaud dans la peau d’une ancienne victime qui renoue malgré lui avec son agresseur, protégé depuis des décennies par ses supérieurs.

Photo: Métropole Films Distribution «Woman at War» de l’Islandais Benedikt Erlingsson

Grand observateur des ravages de la corruption, Matteo Garrone (Gomorra) radiographie à nouveau l’Italie d’aujourd’hui, cette fois à travers un amoureux des animaux, particulièrement des chiens. Avec Dogman (3 mai), il expose les dessous sordides d’un homme apparemment sans histoire, irréprochable, s’enfonçant peu à peu dans un cauchemar d’une violence inouïe. Heureusement que d’autres veulent bousculer les choses, comme cette militante écologiste dans Woman at War (22 mars), de l’Islandais Benedikt Erlingsson, mais dont les plans risquent de changer à l’heure de pouvoir adopter — ou pas — un enfant.

La famille apparaît d’ailleurs dans ses états les plus douloureux, aussi bien dans Mon garçon (26 avril), de Christian Carion, sur la quête désespérée d’un père (Guillaume Canet) pour retrouver son fils, que dans Un amour impossible (8 février), de Catherine Corsini, sur une femme abandonnée par l’homme qu’elle l’aime après qu’elle lui a annoncé qu’elle est enceinte, sur fond de conservatisme des années 1950.

 
Photo: MK2 Mile End La famille apparaît dans ses états les plus douloureux dans «Mon garçon», de Christian Carion, sur la quête désespérée d’un père (Guillaume Canet) pour retrouver son fils.

Pour plus de légèreté, on pourra autant lorgner du côté de Jean-Paul Rouve avec son portrait de famille dysfonctionnelle (Lola et ses frères, 25 janvier) que de celui de Daniel Auteuil, lui aussi devant et derrière la caméra avec Amoureux de ma femme (1er février), renouant également avec une star, l’imprévisible Gérard Depardieu.

Derrière le nez de Cyrano

Plusieurs comédies françaises doivent beaucoup aux théâtres privés parisiens, incubateurs de pièces à la mécanique efficace (Un air de famille, Le prénom, etc.). Pour Alexis Michalik, Edmond (8 février) était d’abord destiné au cinéma, mais, faute de financement, le scénariste l’a remanié pour la scène, et le succès lui a finalement ouvert toutes les portes. On peut dire qu’il a eu du flair en s’inspirant de la création de Cyrano de Bergerac en 1897 par un Edmond Rostand paralysé par le doute après l’échec (financier) de sa pièce précédente, La princesse lointaine, avec la grande Sarah Bernhardt. Cette fantaisie théâtrale met en vedette Olivier Gourmet dans le rôle de Constant Coquelin, le tout premier des Cyrano, et Clémentine Célarié dans celui de la Divine.