«A Star Is Born» boudé à la cérémonie des Golden Globes

L'acteur Rami Malek a remporté le prix du meilleur acteur dramatique pour son incarnation de Freddy Mercury dans «Bohemian Rhapsody». 
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse L'acteur Rami Malek a remporté le prix du meilleur acteur dramatique pour son incarnation de Freddy Mercury dans «Bohemian Rhapsody». 

Ils l’ont encore fait. Les Golden Globes ont trouvé le moyen d’étonner, et pas qu’un peu. En effet, les membres de l’Association de la presse étrangère à Hollywood ont fait des choix pour le moins curieux. Quoique ce qui frappe le plus, c’est le désintérêt total, hormis un prix pour la chanson Shallow, envers A Star Is Born, pourtant l’un des films favoris de la soirée. L'acteur-réalisateur-producteur Bradley Cooper s’est fait coiffer au poteau, la statuette du meilleur film (drame) ayant été attribuée à Bohemian Rhapsody, celle du meilleur acteur (drame), à Rami Malek pour son incarnation de Freddie Mercury, et celle de la meilleure réalisation, à Alfonso Cuarón pour Roma.

Alors que tous s’attendaient à une victoire de Lady Gaga comme meilleure actrice (drame) pour A Star Is Born, ou l’ascension d’une aspirante chanteuse, c’est Glenn Close qui l’a emporté pour The Wife, ou le ras-le-bol de l’épouse d’un écrivain célèbre.

Autre surprise : la remise du prix du scénario au véridique mais conventionnel Green Book, ou l’amitié improbable entre une brute raciste et un musicien noir en tournée dans le Sud ségrégationniste, qui a décroché le prix du meilleur scénario, en plus du prix de la meilleure comédie et du meilleur acteur dans un rôle de soutien pour Mahershala Ali. Mais là encore, il n’est point de cérémonie des Golden Globes sans quelques victoires étonnantes.

C’est à Sandra Oh et à Andy Samberg que l’animation a été confiée, le duo succédant aux Seth Meyers, Jimmy Fallon et autres Ricky Gervais, après le règne des désopilantes Tina Fey et Amy Poehler. Verdict ? Outre que le numéro d’ouverture qu’on leur a écrit – un faux bien-cuit ironiquement gentil – n’était pas très drôle, les co-animateurs ne partageaient aucune chimie.

En revanche, lorsqu’elle a insisté, émue, sur la diversité culturelle en croissance parmi les nominations, Sandra Oh a donné à la soirée sa première envolée émotionnelle. La suite des victoires n’a fait que donner davantage raison à ses paroles.

Pas de scandale

Si les Golden Globes ne constituent pas une réelle compétition aux Oscar, ils ont l’heur de rameuter autant sinon davantage de vedettes au pouce carré, en plus d’afficher une ambiance décontractée qui fait cruellement défaut aux seconds. Il faut dire que les Golden Globes, non contents de remettre des prix en cinéma et en télévision, subdivisent à souhait les catégories : une manière d’accroître le nombre de stars en nominations, aux dires de cyniques.

Or cette année, empêtrée qu’elle est dans le scandale des gazouillis homophobes de son animateur annoncé puis largué Kevin Hart, c’est sans doute l’absence de controverse aux Golden Globes que l’Académie a dû jalouser.

Pas d’épisodes embarrassants, donc, ni sur la scène du Beverly Hilton Hotel, ni au parterre où, comme de coutume, le champagne coulait à flots (d’où la bonhomie ambiante).

Inspirantes dames

Dans leurs discours, les lauréats se sont tenus loin de la politique et des frasques de leur président. À cet égard, la série dramatique gagnante The Americans, sur un couple d’agents secrets russes infiltrés à Washington, promettait d’être l’élément le plus « politique ».

C’était sans compter le discours de Brad Simpson, producteur exécutif de The Assassination of Gianni Versace, nommé meilleure minisérie. « Gianni Versace a été tué il y a vingt ans. Il était l’une des rares célébrités à être ouvertement gaie à une époque de haine et de peur […] Ces forces de haine de peur sont encore là et nous disent à nouveau qu’il faudrait avoir peur de ceux qui sont différents de nous, qu’il faudrait ériger des murs autour de nous. »

Inspirante fut également Regina King, désignée meilleure actrice dans un rôle de soutien pour le film de Barry Jenkins If Beale Street Could Talk. L’actrice et productrice a promis de maintenir un ratio de 50% de femmes sur toutes les productions futures de sa société. A suivie Glenn Close, qui a livré un vibrant plaidoyer pour que les femmes aient le droit, et se donnent le droit, de réaliser leurs rêves.

Meilleure actrice dans un rôle de soutien pour la minisérie Sharp Objects, la merveilleuse Patricia Clarkson a pour sa part remarqué, en remerciant le réalisateur Jean-Marc Vallée : « Jean-Marc m’a tout demandé, sauf du sexe, et c’est exactement comme ça que ce devrait toujours être. »

Avec vingt-cinq trophées remis pour autant de discours, longueurs, il y eut, sans parler des ratés de télésouffleur. Veut, veut pas, ce genre de grand-messe est condamné à souffrir quelques moments ronflants.

À moins bien sûr qu’on regarde le spectacle en sifflant soi-même du champagne chez soi.

Liste complète des lauréats

Cinéma

Meilleur film – drame : Bohemian Rhapsody

Meilleur film – comédie/musicale : Green Book

Meilleur film en langue étrangère : Roma

Meilleur film d’animation : Spider-Man Into de Spider-Verse

Meilleure actrice – drame : Glenn Close

Meilleur acteur – drame : Rami Malek (Bohemian Rhapsody)

Meilleure actrice – comédie/musicale : Olivia Coleman (The Favourite)

Meilleur acteur – comédie/musicale : Christian Bale (Vice)

Meilleure actrice – rôle de soutien : Regina King (If Beale Street Could Talk)

Meilleur acteur – rôle de soutien : Mahershala Ali (Green Book)

Meilleure réalisation : Alfonso Cuaron (Roma)

Meilleur scénario : Brian Hayes Currie, Peter Farrelly et Nick Vallelonga (Green Book)

Meilleure musique originale : Justin Hurwitz (First Man)

Meilleure chanson originale : Shallow (A Star is Born)

Télévision

Meilleure série – drame : The Americans

Meilleure série – comédie/musicale : The Kominsky Method

Meilleure minisérie ou téléfilm : The Assassination of Gianni Versace

Meilleure actrice série – drame : Sandra Oh (Killing Oh)

Meilleur acteur série – drame : Richard Madden (Bodyguard)

Meilleure actrice série – comédie/musicale : Rachel Brosnahan (The Marvelous Mrs Maisel)

Meilleur acteur série – comédie/musicale : Michael Douglas (The Kominsky Method)

Meilleure actrice minisérie ou téléfilm : Patricia Arquette (Escape to Dannemora)

Meilleur acteur minisérie ou téléfilm : Darren Criss (The Assassination of Gianni Versace)

Meilleure actrice – rôle de soutien : Patricia Clarkson (Sharp Objects)

Meilleur acteur – rôle de soutien : Ben Whishaw (A Very English Scandal)