«Une femme d’exception»: la naissance d’une légende

La trame débute alors que la future juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg amorce ses études à l’Université de Harvard, dont la Faculté de droit a l’apparence d’une mer d’hommes costumés.
Photo: Mars Films La trame débute alors que la future juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg amorce ses études à l’Université de Harvard, dont la Faculté de droit a l’apparence d’une mer d’hommes costumés.

Elle est devenue la superhéroïne de la justice aux États-Unis alors qu’elle atteignait les 80 ans. Elle a fait l’objet, déjà en 2018, d’un élogieux documentaire biographique (RBG, de Betsy West et Julie Cohen). Voilà maintenant que Ruth Bader Ginsburg prend place dans la sphère du cinéma de fiction.

Le personnage hors norme que représente cette menue et discrète femme de droit est au coeur d’Une femme d’exception (On the Basis of Sex). Le cinquième long métrage de Mimi Leder (The Code) se distingue néanmoins du grand récit biographique du fait qu’il ne s’attarde qu’aux premières années de cette combattante pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

La trame débute alors que la future juge de la Cour suprême amorce ses études à l’Université de Harvard, dont la Faculté de droit a l’apparence d’une mer d’hommes costumés. On y survole rapidement les premières montagnes que la jeune Ginsburg affronte, pour aboutir aux années 1970, alors que prend forme la guerrière à laquelle on l’associe maintenant.

C’est contre la discrimination des textes de loi qu’elle se bat, une discrimination basée sur le sexe — aujourd’hui, on dira « genre », clin d’oeil que la réalisatrice ne s’empêche pas d’inclure dans un dialogue, quitte à paraître anachronique. Reste que celle qui doit passer par l’enseignement avant de plaider devant la Cour est une pionnière, qui n’a pas peur de bousculer les colonnes du temps.

Le film a la faiblesse d’idéaliser sa protagoniste, qui, elle, n’a pas de véritable défaut, sinon son entêtement. Sa langue bien acérée nous offre cependant des bijoux, décrivant les lois comme les barreaux de la cage où l’on enferme les droits des femmes.

Felicity Jones (Rogue One : A Star Wars Story) incarne Ruth Bader Ginsburg avec prestance et crédibilité. C’est elle qui porte le film, somme toute assez conservateur.

Sans surprise, le récit est ponctué de moments de la vie de couple de RBG. Il faut préciser que son mari, l’avocat et fiscaliste Martin Ginsburg (Armie Hammer, le séducteur de Call Me by Your Name), est un homme ouvert et progressiste, féministe à sa manière. Sans son appui et sans sa présence de papa, Ruth ne serait jamais devenue ni avocate ni juge.

Comme toute histoire judiciaire, Une femme d’exception culmine dans ses scènes de plaidoirie, autant celles simulées à la maison que les véritables au tribunal. La longue séquence en plusieurs plans et minutes du monologue de Ruth Bader Ginsburg devant les juges est un pur régal.

Le cas qui lui offre son premier fait d’armes était destiné à étancher sa soif pour une justice réelle et équitable. Car il s’agit non pas de défendre une femme victime de discrimination, mais bien un homme. Celui-ci cherchait à obtenir déduction de frais pour s’occuper de sa mère invalide. Or, la loi ne reconnaissait pas ce droit à un homme célibataire.

Pour RBG, toute discrimination est injuste, et elle a dans sa ligne de mire quelque 178 lois de différent acabit qui énoncent des différences basées sur le sexe. Son but est de prouver que chacune d’elles est anticonstitutionnelle. Sa première victoire, finale heureuse de cette fiction tirée de faits vécus, met la table pour la longue carrière qui se poursuit encore en 2018.

Une femme d’exception (V.F. de On the Basis of Sex)

★★★

Drame biographique de Mimi Leder. Avec Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Cailee Spaeny. É.-U., 2018, 120 minutes.