«Aquaman»: pétard mouillé

Aquaman, interprété par Jason Momoa, doit retrouver un trident magique.
Photo: Warner Bros Canada Aquaman, interprété par Jason Momoa, doit retrouver un trident magique.

Hormis l’amazone incarnée par la statuesque Gal Gadot dans le jubilatoire Wonder Woman, de Patty Jenkins, les distingués superhéros de l’écurie DC Comics ont plutôt été mal servis au grand écran ces récentes années. Ainsi, après que Zack Snyder eut mis platement la table pour les volets de la franchise avec Batman v. Superman. L’aube de la justice et remis ça sans plus de panache avec La ligue des justiciers, sans oublier l’indigeste entremets de David Ayer, L’escadron suicide, c’est au tour de James Wan, rompu au cinéma d’épouvante (Décadence, Insidieux, La conjuration), de s’émousser les dents sur l’homme-poisson.

Au centre de cet épisode autonome de la franchise, où l’on relate les origines d’Arthur Curry, se tient le charismatique Jason Momoa qui, outre l’art de tomber la chemise avec éclat, a pour principale qualité de ne pas se prendre au sérieux. C’est donc l’oeil amusé et le sourire en coin qu’il traverse les 143 longues minutes de cette flamboyante coque vide que se révèle Aquaman. Et c’est tout à son honneur.

Fruit des amours interdites entre la reine Atlanna (Nicole Kidman) et un gardien de phare du Maine (Temuera Morrison), Arthur Curry, dit Aquaman, doit empêcher son vilain demi-frère, le roi Orm (Patrick Wilson, ridicule), de détruire la polluante race humaine — notez que l’aspect écolo sera rapidement évacué.

Afin de pouvoir devenir le maître des Océans, Aquaman, aidé de Mera (Amber Heard, qui se tortille avec aplomb dans ses combinaisons moulantes), devra retrouver un trident magique que seul le véritable prétendant au trône du royaume d’Atlantide peut brandir. Au cours de ce périple à travers monts, mers et déserts, veillera sur lui le bienveillant vizir Vulko (Willem Dafoe) et le poursuivra de sa haine le vil Manta (Yahya Abdul-Mateen II, pitoyable).

Ça vous rappelle la légende du roi Arthur et de son épée Excalibur ? Caïn et Abel ? Thor et Loki ? Indiana Jones et les aventuriers de l’arche perdue ? Alerte à Malibu ? La petite sirène ? Aquaman croule tellement sous les références bibliques, mythologiques, littéraires, cinématographiques et populaires qu’il semble que les deux scénaristes et les trois idéateurs n’aient pu trouver assez d’espace pour livrer un récit étoffé et cohérent. Lorsqu’on en retire les combats à coups de trident, les batailles d’escadrilles sous-marines à dos d’hippocampes ou de requin ou à bord de vaisseaux et les poursuites sur terre, dont une sur les toits en Sicile, on se retrouve avec un scénario qui prend l’eau tant il y a de trous et qui souffre d’un cruel manque d’imagination.

Techniquement parlant, le résultat ne convainc qu’à moitié malgré le budget pharaonique et l’ampleur de ce monde subaquatique créé par image de synthèse. Privilégiant les couleurs iridescentes, la direction artistique est aussi ostentatoire que hideuse, tandis que les effets spéciaux sont tantôt réussis, tantôt risibles. Derrière ses lunettes 3D, le spectateur éprouve la désagréable sensation de regarder le tout à travers la paroi embuée d’un aquarium géant où des acteurs suspendus à des câbles tentent de se mouvoir avec grâce.

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Aquaman

★★

Science-fiction de James Wan. Avec Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe, Patrick Wilson, Nicole Kidman, Dolph Lundgren, Yahya Abdul-Mateen II et Temuera Morrison. États-Unis, 2018, 143 minutes.