«Dilili à Paris»: la cité des grands esprits

Dilili à Paris est d’abord et avant tout une fable au message politique parfois très appuyé.
Photo: Mars FIlms Dilili à Paris est d’abord et avant tout une fable au message politique parfois très appuyé.

D’un film à l’autre, Michel Ocelot réussit ce double tour de force : célébrer la beauté et débusquer la bonté. Certes, les méchants savent prendre leur place, mais ils sont terrassés par des figures à la bienveillance contagieuse et d’une ingéniosité surprenante.

Depuis le succès international de Kirikou et la sorcière en 1998, ses partis pris, doublés d’une technique à la fois simple et précise, le distinguent dans le paysage encombré du cinéma d’animation. Peu importe qu’il jongle avec les ombres chinoises (Princes et princesses) ou une symphonie de couleurs (Azur et Asmar), le résultat final relève toujours du grand art.

Des génies au mètre carré

Avec Dilili à Paris, plusieurs diront d’Ocelot qu’enfin il rentre à la maison. Après avoir parcouru le vaste monde (et pas juste sur sa planche à dessin !), il nous fait découvrir les splendeurs de la capitale française, celles de la Belle Époque, période euphorique où les génies se comptaient au mètre carré. Des dizaines se bousculent dans cette nouvelle aventure, de Marie Curie à Érik Satie, de Picasso au Douanier Rousseau.

Mais ce ne sont pas eux qui marqueront le plus notre imagination dans cette célébration de l’ingéniosité de ce début de XXe siècle, avec la rutilante tour Eiffel en toile de fond.

Ce conte démarre sur une illusion : on se croit de nouveau sur le continent africain, mais il s’agit en fait d’un village d’une contrée lointaine reconstitué au cœur de Paris, où s’agite la petite Dilili, jeune Métisse originaire de la Nouvelle-Calédonie.

À la fin du spectacle, elle remet ses plus beaux atours, s’exprime dans un français précieux (appris grâce à la militante anarchiste Louise Michel !) et, avec l’aide d’Orel, un jeune coursier, elle déclare la guerre aux Mâles-Maîtres.

Ce curieux croisement entre Boko Haram et un groupuscule d’extrême droite kidnappe les fillettes pour les asservir, obligeant ainsi le petit duo de choc à faire preuve d’ingéniosité, et à réclamer l’aide de ses plus illustres contemporains. Qui de mieux que Louis Pasteur pour éviter d’être atteint de la rage après avoir été mordu par un chien ?

Cette cavalcade parisienne nous éblouit du début à la fin, car Michel Ocelot demeure fidèle à sa démarche dépouillée et délicate, mais y ajoute deux éléments qui contribuent grandement au charme de Dilili à Paris.

D’abord, pour reconstituer cette époque faste, il opte pour le procédé d’incrustation, utilisant des photographies de lieux emblématiques sur lesquelles les personnages s’agitent, joli contraste où éclatent les beautés de la Ville Lumière. Et à la manière d’un catalogue illustré où chaque page donne le tournis, il multiplie les références visuelles aux artistes auxquels il rend hommage. Ce n’est jamais aussi spectaculaire que chez Jean-François Laguionie dans Le tableau, Michel Ocelot préférant les visions furtives et les clins d’œil amusés.

Les démons

Dilili à Paris est d’abord et avant tout une fable (au message politique parfois très appuyé), une traversée derrière la façade rutilante d’un monde proche du nôtre, empêtré lui aussi dans ses démons.

Les enjeux d’égalité entre les hommes et les femmes y prennent une place prépondérante, tout comme la curiosité intellectuelle, le goût des voyages et la coopération internationale (symbolisée par un zeppelin, de conception allemande), érigés ici en vertus cardinales.

Ce sont aussi les vertus de Michel Ocelot, déposées dans ce magnifique écrin, mettant en vedette une petite héroïne dont l’élégance et la pugnacité font d’elle l’égale, mais jamais la rivale, de Kirikou. Elle aussi se fera de nombreux amis, grands et petits.

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Dilili à Paris

★★★★

Film d’animation de Michel Ocelot. Avec les voix de Prunelle Charles-Ambron, Enzo Ratiso, Nathalie Dessay. France−Belgique−Allemagne, 2018, 95 minutes.