«Marie Stuart, reine d’Écosse»: duel féminin au sommet

«Mary Queen of Scots» est un film d’époque qui charme par la splendeur de ses images.
Photo: Focus Features Films «Mary Queen of Scots» est un film d’époque qui charme par la splendeur de ses images.

Production à gros budget, impressionnantes vues aériennes de sites naturels d’Écosse, magnifiques costumes… Mary Queen of Scots est un film d’époque qui charme par la splendeur de ses images. Mais le retour au XVIe siècle proposé par la réalisatrice Josie Rourke n’est pas qu’épatant.

Le récit débute en 1561, alors que Marie Stuart (Saoirse Ronan), reine d’Écosse, rentre d’exil après douze ans en France. S’ensuit une bataille épique, non pas sur les champs de bataille, mais au sein même de la cour. La monarque, qui n’a pas 20 ans, ne fait pas l’unanimité.

Il faut dire que l’Écosse est tiraillée entre catholiques et protestants, que son indépendance est en jeu et que sa destinée dépend de cette reine revenue veuve et sans descendants. En Angleterre, la montée récente au trône d’une autre jeune reine, Élisabeth I (Margot Robbie), met la table à une rare rivalité toute féminine au sommet. C’est par elles que culmine le choc entre deux dynasties, les Stuart et les Tudor.

Teinté de géopolitique et de féminisme, le film brille de ses couleurs actuelles : il arrive en salle la semaine même où le Brexit déchire la Grande-Bretagne. Il y a 450 ans, l’Angleterre protestante cherchait à prendre le contrôle de l’île. Marie Stuart, un temps reine de France en tant qu’épouse de François II, est la dernière figure de l’Écosse catholique et continentale.

Le cinéma n’a jamais été chiche de films sur cette époque — Elizabeth (1998), avec Cate Blanchett, demeure sans doute le titre le plus mémorable. Le premier long métrage de fiction de cette Josie Rourke, femme de théâtre, donne cependant lieu à un fascinant duel à distance entre deux femmes de pouvoir qui se distinguent jusque dans leur manière d’affronter la cohorte d’hommes censés les conseiller.

Tout est mené subtilement, voire confusément, car entre les Stuart et les Tudor, c’est presque blanc bonnet, bonnet blanc. La réalisation s’appuie sur un habile montage qui intercale scènes dans les Highlands et à la cour de Londres. Conçu comme un suspense, le film aboutit à un face-à-face entre les deux protagonistes. La mise en scène de cette rencontre est un délice, tant elle se déroule comme un lent dévoilement à travers un labyrinthe de toiles blanches. Saoirse Ronan (Lady Bird) et Margot Robbie (I, Tonya) incarnent leurs rôles avec beaucoup d’aplomb.

Le portrait de cette Marie d’Écosse, femme de tête prête à rompre avec les coutumes, a quelque chose de rafraîchissant. Pas que le sujet ait été oublié par le cinéma, ni par la littérature, mais c’est comme si le traitement adopté ici, sans grande romance et avec des doses de violence, évitait de colorer de rose le pouvoir au féminin.

On pourrait reprocher à Josie Rourke de sanctifier Marie Stuart. Sans en faire la belle héroïne, le récit la montre comme la grande victime d’une machination. Le film s’ouvre et se conclut d’ailleurs par sa décapitation. Avec un dernier geste vestimentaire plein d’audace, l’apparition d’une éclatante robe rouge.

Marie Stuart, reine d’Écosse (V.F. de Mary Queen of Scots)

★★★

Drame historique de Josie Rourke. Avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Joe Alwyn, David Tennant, Guy Pearce. G.-B.. 2018, 124 minutes.